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# Le placard secret du 10 Downing Street
- URL: https://francaisalondres.com/le-placard-secret-du-10-downing-street/
- Published: 2026-10-22T12:41:15.000Z
- Updated: 2026-10-22T12:41:15.000Z
- Description: Visite de "Churchill Cabinet War Rooms" et enquête sur le mystère qui plane aujourd'hui encore sur le contenu ténébreux d'une armoire gouvernementale dissimulée. Que cache-t-elle, plus de 80 ans aprés la fin de la guerre ?
- Author: Francine Joyce

Moins de 10 mètres. C'est tout ce qui sépare les pigeons de Whitehall du mystère le mieux gardé de la Seconde Guerre mondiale. Pas "*cent pieds sous terre*", comme le veut la légende urbaine — dix pieds à peine, trois mètres, l'équivalent d'un premier étage un peu haut de plafond. On s'attend à un bunker. On trouve un sous-sol reconverti à la hâte, bardé de poutres d'acier et de béton. Surtout on s’enfonce dans un couloir étroit, mal aéré, où le temps s'est arrêté un jour de 1945\. C’est là qu’un placard à deux battants, d’un vert si sombre qu'il en paraît noir, attend derrière sa serrure depuis quatre-vingts ans que quelqu'un ose tourner la clé. Personne ne l'a fait. Voilà toute l'affaire.

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photo F. Joyce

Un indice, une inscription sur ce placard : “*10 Downing Street*”

Remontons le fil. En 1939, alors que l'Europe bascule dans la guerre, le gouvernement britannique cherche un endroit où continuer à gouverner si les bombes se mettent à pleuvoir sur Londres. On choisit une ancienne cave, un abri antiaérien sans prétention sous le ministère des Finances, et on la blinde en urgence : acier, béton, poutres apparentes — le tout mené si vite que l'ensemble ressemble moins à une forteresse qu'à un chantier qu'on aurait oublié de terminer. On le croit alors capable de résister aux bombes. On croise les doigts.

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photo F. Joyce

Le lieu reste presque endormi jusqu'en octobre 1940, quand le Blitz transforme Londres en un ciel de sirènes. C'est là que la pièce numéro 1 — celle qu'on appellera bientôt la *Cabinet War Room* — entre en scène. **Churchill** y avait mis les pieds dès 1939, mais c'est en mai 1940 qu'il prononce la phrase qui scellera le destin du lieu : « ***C'est d'ici que je dirigerai la guerre*.** » Une déclaration à la hauteur du personnage — et qui, avouons-le, sonne beaucoup mieux dans une cave en béton que dans un salon feutré.

Le décor est loin d’être élégant. La ventilation de l'époque, relevait ici de l'optimisme pur : un nuage permanent de fumée de cigares, de pipes et de cigarettes flottait au-dessus des cartes d'état-major, avec pour seul exutoire… un seau rouge posé au sol pour les mégots. Les réunions du cabinet de guerre se tenaient souvent la nuit, quand les chefs de l'armée, de la marine et de l'aviation venaient décider, dans cet air irrespirable, du sort du monde. Et pas de toilettes dignes de ce nom avant 1943\. Difficile d’imaginer les négociations diplomatiques dans ce contexte claustrophobique.

Dans le couloir voisin, un fonctionnaire retraité avait pour mission quotidienne d'annoncer la météo sur un petit tableau — beau temps, pluie, tempête — un genre de bulletin météo pour rester vaguement en contact avec l’extérieur. 

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Photo F. Joyce

So British ! Même au coeur de la guerre, la pluie régit le quotidien des anglais.

Poussez la porte de la *Map Room* et vous entrez dans le véritable cœur battant du lieu. Des fusils sont postés devant l'entrée — **Churchill avait juré qu'il ne se laisserait jamais capturer vivant** si les Allemands tentaient un coup de force. La pièce servait à la fois de refuge, de dortoir de fortune et surtout de centre de renseignement : au moins cinq personnes s'y trouvaient en permanence — un représentant de l'Amirauté, un officier de marine, un de l'armée de l'air, un du ministère de l'Intérieur, un civil — reliés par téléphone aux autres centres de commandement de Londres et par un système de tubes pneumatiques qui filaient les messages d'un bout à l'autre du bunker.

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photos F. Joyce

Cette pièce a fonctionné 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 depuis août 1939\. Ses lumières, n’ont jamais été éteintes — jusqu'en août 1945\. Cinq ans et neuf mois sans une seconde d'obscurité. Sur les murs, la carte des convois s'étoile de centaines d'épingles suivant chaque navire traversant l'Atlantique ; un tableau consigne froidement les pertes aériennes ; des vétérans de la Première Guerre mondiale, rappelés comme conseillers militaires, veillaient sur le tout. Et tous ces objets — cartes, épingles, téléphones — sont d'authentiques originaux, pas des reproductions. **On ne visite pas un décor. On visite une scène figée dans le temps.**

Un peu plus loin, une pièce minuscule cache l'un des secrets techniques les plus étonnants du site : la ligne téléphonique brouillée reliant Churchill à **Roosevelt**. La voix de Churchill était découpée à une vitesse folle, chiffrée par un système ancêtre balbutiant de nos technologies numériques, puis reconstituée de l'autre côté de l'Atlantique — avec un code différent à chaque appel. Résultat : quand la voix reconstituée de Churchill arrivait à Washington, elle sonnait, paraît-il, comme celle de **Donald Duck**. Difficile d'imaginer une négociation plus surréaliste que le sort du monde discuté par deux canards diplomatiques. Les deux hommes échangeront plus de 2000 télégrammes durant la guerre — la majorité partant de Londres,

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photos F. Joyce

Churchill dormait peu, mal, et surtout pas ici. Sa chambre du sous-sol ne servait qu'à de brèves siestes : il détestait s'y enfermer et préférait grimper sur le toit pour observer les raids aériens en direct — au grand désespoir de son entourage, qui peinait à le convaincre de se protéger et de se reposer. Sa vraie passion, en revanche, tapissait les murs : les cartes. Son autre chambre, au-dessus, en était couverte.

Et puis il y a ce détail qui glace un peu le sang : sur un bureau, on distingue encore les marques de ses ongles et l'empreinte de sa chevalière — ornée des armoiries Spencer-Churchill, oui, la famille de **Lady Diana** — griffures laissées dans le bois lors de ses accès de colère. La colère de Churchill, littéralement gravée dans la matière, toujours palpable, quatre-vingts ans plus tard.

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Le lit de Churchill avec son pot de chambre / son bureau privè / son fauteuil de Premier Ministre dans le Cabinet War Room photos F Joyce

Ces salles étaient reliées à un studio de la BBC, d'où Churchill a prononcé certains de ses discours les plus célèbres : le 11 septembre 1940 pour galvaniser les Britanniques, le 21 octobre pour s'adresser aux Français — en anglais, alors qu'il parlait pourtant couramment leur langue — un mois plus tard pour les Italiens, puis, le 8 décembre 1941, sa réponse retentissante à l'attaque de *Pearl Harbor*. **Clementine Churchill**, son épouse, y prit elle aussi la parole.

À la fin de la guerre, en 1945, tout s'arrête net. Les pièces sont fermées et préservées exactement dans l'état où elles ont été laissées — jusqu'aux véritables morceaux de sucre posés près des tasses de thé. Aujourd'hui, si un conflit majeur éclatait, ce n'est plus ici que le gouvernement se réfugierait, mais dans **Pindar**, un bunker bien plus profond et moderne situé sous le ministère de la Défense. Les *Cabinet War Rooms*, sont devenus un sanctuaire figé — ouvert au public seulement en 1985, quarante ans après leur fermeture.

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photos F. Joyce

### **Et le placard, dans tout ça ?**

Revenons au placard. Il est toujours là, dans le couloir, discret, verrouillé — le seul point du site qui n'ait jamais été inventorié, exposé, ni même rouvert depuis la capitulation. Autour de lui, les hypothèses des historiens se murmurent. Contient-il des documents d'État trop sensibles pour voir le jour, une réserve secrète de whisky que Churchill se serait réservée loin des yeux indiscrets, ou — version la plus théâtrale — un vieux squelette oublié ? Personne ne sait. Personne, officiellement, ne veut savoir.

Le site accueille aujourd'hui environ un demi-million de visiteurs par an, sous la houlette du **Dr Oliver**, conservateur depuis l'an dernier, spécialiste des relations entre les médias et les forces armées durant la Seconde Guerre mondiale Attention où vous mettez les pieds : les salles, authentiques jusque dans leurs seuils irréguliers et leurs câbles au sol, n'ont pas été aménagées pour le confort du visiteur du XXIe siècle.

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Photo F. Joyce

Alors si vous descendez ces dix pieds sous Whitehall, dans cette pénombre encore chargée d'une odeur fantôme de cigare froid, arrêtez-vous devant LE placard. Personne ne peut vous dire ce qu'il contient. Et c'est peut-être précisément pour ça qu'il reste, quatre-vingts ans après la fin de la guerre, la pièce la plus fascinante de tout le site.

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photo F. Joyce

Churchill Cabinet War Rooms et leur placard :

*Clive Steps, King Charles Street, London, SW1A 2AQ*