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Tempête royale : Andrew face à la justice, la monarchie sous pression
Aprés la débacle de l'ex Prince Andrew, quel avenir pour la monarchie britannique ?
“Dans tout crapaud sommeille un Prince.” nous disent les contes. Outre-Manche, Buckingham nous raconte une toute autre histoire …

Accusé d'abus de pouvoir Andrew Mountbatten-Windsor, le frère cadet du Roi Charles III a été placé ce jeudi 19 février en garde à vue dans un commissariat de police du Norfolk. Il a ensuite été relâché en début de soirée, clairement effaré d'avoir perdu cette impunité qu'il croyait lié à son rang. Sa résidence à Sandringham dans la localité de Windsor ainsi que Royal Lodge où il a habité pendant 15 ans, ont été perquisitionnés.

Il ne s'agit plus d'un scandale, il s'agit d'une crise.
24 heures après l'arrestation, un sondage de Channel 5 affiche que
- 50% des britanniques se disent "déçus par la famille royale"
- 67% des britanniques souhaitent garder un souverain à la tête du Royaume Uni.
- 86% estiment qu'Andrew doit être retiré par le Parlement de la lignée royale où il se situe en 8è place.
- 78% pensent qu'il devrait témoigner au Congrés américain.
Quinze jours après avoir déposé une plainte officielle auprès de la police de Thames Valley, Graham Smith, dirigeant du mouvement républicain britannique, s’exprime plus fort que jamais. Il accuse depuis longtemps Andrew d’avoir divulgué des documents confidentiels et réclame plus de transparence des services de police et de la famille royale. Français à Londres l'a interrogé ce vendredi 20 février, au lendemain du court séjour d'Andrew en cellule.
« Ce n’est pas la première fois que je dépose une plainte officielle contre Andrew pour abus de pouvoir et pots-de-vin. Mais personne n’a jamais réagi. Aucune enquête n’a été menée sur mes allégations », affirme Graham Smith. " Pour moi, la stratégie du Palais a longtemps consisté à circonscrire l’incendie en interne. Le Roi a pensé que destituer son frère suffirait. Mais aujourd’hui, il doit laisser la police intervenir. De simples déclarations officielles ne suffiront pas. Andrew n'est pas au-dessus des lois, même si c'est ce qu'il croit depuis toujours. Toute tentative d’étouffer l’affaire ne ferait qu’aggraver la défiance du public. Les britanniques demandent aujourd'hui des explications et des prises de position claires. Si Charles III ne s’exprime pas, cela soulèvera interrogations et suspicions. Cela ébranlera la réputation de toute la famille royale britannique qui apparaitra comme complice dans son silence »
L'enquête qui s'annonce explosive est désormais ouverte.

Le jour de son 66e anniversaire, Andrew a vu six véhicules banalisés transporter huit agents en civil vers Wood Farm dès 8 heures du matin. La National Crime Agency (NCA) a confirmé que la police assistait à l’examen d’informations issues des dossiers liés à Jeffrey Epstein. Le chef adjoint de la police, Oliver Wright, a déclaré :
« À la suite d’une évaluation approfondie, nous avons désormais ouvert une enquête concernant cette allégation de faute dans l’exercice d’une charge publique. Il est important de préserver l’intégrité et l’objectivité de notre enquête (…) Nous comprenons l’intérêt public important suscité par cette affaire et nous fournirons des mises à jour en temps voulu. »
Andrew est en effet soupçonné d’avoir fourni des documents au financier américain et pédophile Jeffrey Epstein. La "faute dans l’exercice d’une charge publique” dont Andrew est accusé est une infraction de droit commun, dont les origines remontent au XIIIe siècle. Elle vise les responsables publics soupçonnés d’avoir abusé volontairement de leurs fonctions ou gravement manqué à leurs responsabilités.

Le Crown Prosecution Service (qui correspond à notre Procureur de la République) précise que cette infraction est passible d’une peine maximale de réclusion à perpétuité — une éventualité théorique mais peu probable dans le cas d’Andrew.
Ironie institutionnelle : si l’affaire est renvoyée devant la Crown Court, Andrew se retrouvera opposé à la Couronne, c’est-à-dire symboliquement au Roi Charles III, son grand frère.
Depuis plus de quinze ans, les controverses entourent Andrew : fréquentations douteuses, interrogations sur ses financements, train de vie fastueux. Ses liens avec Jeffrey Epstein et les accusations portées par Virginia Giuffre ont profondément terni son image. Après avoir renoncé à ses titres et à ses engagements publics, l’ancien duc d’York reste une figure embarrassante pour la famille royale. Ses manières jugées tapageuses lui ont valu de nombreux surnoms peu flatteurs.
Aujourd’hui prince déchu, il semble ne pas accepter sa relégation du Palais et sa déconfiture au commissariat du quartier
Pour certains observateurs, la situation actuelle dépasse le traumatisme provoqué par la mort de Diana, Princess of Wales. À l’époque, un retour même tardif de la Reine à Londres avait suffi à contenir la chute de popularité des souverains dans les sondages. Aujourd’hui, l’affaire touche à des accusations de crimes sexuels et de haute trahison. La Reine Elisabeth, qui protégeait son fils Andrew de son aura et de son autorité morale, n’est plus là. La pression monte du côté du publique et des victimes pour que l’affaire ne soit pas étouffée.

Bien que les déclarations officielles présentent Andrew comme un membre marginal, la proximité familiale rend toute distanciation délicate. Charles III et le Prince héritier William sont impactés, même si leurs communiqués restent laconiques : « La justice suivra son cours. »
Le problème, soulignent les critiques, est l’absence de réponses précises :
Que savent-ils ? Depuis quand ? Ont-ils réellement versé 12 millions de livres à Virginia Giuffre pour mettre fin aux poursuites civiles ? demande Alan, londonien depuis plus de 5 générations.
« Ils n’ont plus le droit de se distancer des polémiques. Ils devront prendre parti s’ils ne veulent pas être contaminés par la mauvaise réputation du mouton noir de la famille», estime un touriste italien interrogé devant Buckingham Palace ce matin.
Au-delà du scandale individuel, c’est la stabilité même de l’institution qui vacille. Depuis le jubilé de la reine et les Jeux olympiques de Londres, les sondages montrent une érosion progressive du soutien populaire. Les jeunes générations se détournent graduellement de la monarchie, scrutant davantage ses dépenses et sa raison d’être. Certains se tournent vers des partis écologistes comme celui mené par Zack Polanski. De nombreux députés travaillistes expriment également des critiques plus franches.
« On peut mettre de côté un politicien qui gêne, pas un fils . Je soutiens la monarchie comme Institution, mais il est temps pour Andrew d'assumer ses responsabilités », commente une journaliste pour un quotidien anglais.
Tant que la monarchie est perçue comme inoffensive, profitable et appréciée à l’international, elle peut se maintenir.



photos F. Joyce
Claudine en visite à Londres depuis les Alpes françaises nous dit ; " L'Angleterre sans la Monarchie, c'est inimaginable. Ça fait partie du paysage comme la pluie et le brouillard."
Mais le public commence à voir la Monarchie comme une institution déconnectée, opaque, voire compromise. Le contrat moral qui la lie à la nation pourrait se fissurer. On la dit plus secrète que les services de renseignement MI5. Si des révélations massives venaient à émerger, certains estiment que cela pourrait signer la fin de la monarchie britannique.
L'avenir d’Andrew est sombre. Il ne peut envisager l’exil — même si des rumeurs ont évoqué Bahreïn. Une fuite nuirait davantage à sa crédibilité. Déchu de ses titres, privé de résidence officielle, que lui reste-t-il ? Une place dans l’ordre de succession ? des allocations financières ? Ces questions alimentent le débat.
Des manifestations anti-royalistes sont à prévoir, notamment autour du Commonwealth Day.
Mais désormais, rien ne semble pouvoir détourner l’attention du public. La monarchie traverse peut-être la plus grave tempête de son histoire contemporaine.
