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Le mutisme sélectif chez les enfants bilingues

Le mutisme sélectif chez les enfants bilingues

« Il ne parle jamais », « elle est trop silencieuse pour son âge » ou « ce n’est pas un comportement normal » sont souvent les remarques adressées aux enfants souffrant de mutisme sélectif.

Marie-Charlotte Perrin
Membres Public

« Il ne parle jamais », « elle est trop silencieuse pour son âge » ou « ce n’est pas un comportement normal » sont souvent les remarques adressées aux enfants souffrant de mutisme sélectif. Incompris et jugé à tort comme un retard de développement cognitif, ce trouble révèle en réalité une anxiété sociale dès la petite enfance dans 95% des cas. D’après plusieurs études comparatives sur le taux d’enfants concernés, les enfants bilingues seraient davantage enclins au mutisme sélectif.

Écouter, parler, reproduire : berceau de l’enfance

Afin de comprendre le mutisme sélectif, il est nécessaire de connaître le développement langagier majeur que l’enfant traverse. Entre 2 et 6 ans, le développement est exponentiel et fondamental. Le langage dans lequel l’enfant a baigné et celui qui le liait à son environnement proche prend la forme de la parole. Cela bouscule ses structures mentales et réflexives. Désormais les mots peuvent être dits, imités et forment une réponse à la compréhension. Le parler est un véritable basculement pour la psyché de l’enfant et transforme sa relation aux autres. Le langage l’expose au monde.

Chez les enfants bilingues, la parole et le langage se complexifient. L’environnement familier et extérieur mêlant deux langues, l’utilisation et la pratique de ces dernières sont différentes. En effet, il se crée soit « un réservoir » dit langagier dans lequel les deux langues fusionnent et sont utilisées en fonction des circonstances, soit les deux langues sont différenciées. Les circonstances sont diverses et variées. Chaque enfant ressent de manière différente chaque situation qu’il traverse et chaque interaction dans laquelle il se trouve. La confusion des langues et des environnements peut amener un enfant bilingue à développer un mutisme sélectif.

« Un silence qui en dit long »

Le mutisme sélectif peut s’observer chez l’enfant dès la petite enfance entre 2 et 4 ans. L’enfant ne parle pas dans certaines situations ou interactions sociales comme à l’école, mais s’exprime dans le cercle familial ou privé. La langue est pourtant maîtrisée et comprise par l’enfant. Ce comportement s’établit sur la durée et est supérieur à un mois. Il peut se traduire par des difficultés scolaires. À ces observations s’ajoutent une attitude nerveuse, timide ou renfermée. L’enfant peut être décrit comme désintéressé ou mal coordonné.

Le mutisme sélectif ne doit pas être confondu avec le mutisme post-traumatique suivant un choc psychique et affectif. Par ailleurs, le mutisme n’est pas un choix. En effet, il traduit une anxiété ressentie par l’enfant lorsqu’il se trouve dans un endroit où l’interaction est multiple comme à l’école. La rupture peut être en effet brutale entre le monde familial affectif et un environnement nouveau au sein duquel l’enfant peut se sentir dépassé. C’est un nouveau monde d’émotions, de sons, d’images et de personnalités. Un blocage du parler apparaît.

Pour l’enfant bilingue, lorsque la langue parlée à l’école n’est pas la langue parlée dans son cercle familial, un malaise peut se développer. L’environnement scolaire devient anxiogène et provoque parfois une confusion mentale à l’origine du malaise. Cela peut aussi se transformer en une peur de parler généralisée chez l’enfant bilingue.

Diagnostiquer le mutisme sélectif

Avant d’envisager un diagnostic, il est essentiel de différencier le mutisme sélectif de la période dite silencieuse chez l’enfant bilingue. Cette dernière est fréquemment observée chez les enfants qui apprennent une nouvelle langue. L’acquisition de nouveaux codes et repères langagiers peuvent prendre du temps. D’après Patton Tabors autrice du livre One child, two languages : « Une période normale dans l'acquisition d'une seconde langue chez les jeunes enfants, caractérisée par l'absence de communication verbale ». Cette période non-verbale peut durer jusqu’à six mois. Cette période doit être prise en compte dans un possible diagnostic du mutisme sélectif chez l’enfant.

Le diagnostic du mutisme sélectif est effectué par des professionnels de santé et psychologues. Des thérapies sont utilisées comme la thérapie cognitivo-comportementale ou encore la thérapie d’interaction parents-enfants. Ces traitements consistent à limiter l’anxiété génératrice de mutisme. Il convient également à travers elles de faire éclore des techniques d’ouverture à la parole.

Toutefois, une des lignes directrices majeures pour aider un enfant souffrant de mutisme sélectif est de ne pas forcer la prise de parole. Cela est contreproductif. L’enfant a besoin de temps, de confiance et d’encouragement dans sa progression. C’est pour cela qu’il est essentiel que les parents, enseignants, professionnels de santé et l’enfant lui-même s’associent pour comprendre son trouble.

L’association française Ouvrir la voix se consacre à ce travail et fournit des conseils précieux pour les parents dont l’enfant est atteint de mutisme sélectif. Elle a notamment créé un guide afin d’accompagner progressivement les parents et le personnel scolaire dans la résolution du mutisme sélectif. Ce Kit à l’école fournit un ensemble d’activités et de jeux. La communication non-verbale comme la création d’un carnet de communication personnel. L’expression par le dessin peut par exemple être entreprise pour aider l’enfant mutique.

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