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Olivier Guyonvarch, consul général par intérim : « Les Français de Londres, ce ne sont pas des usagers, ce sont des clients »
Olivier Guyonvarch - ©Francine Joyce

Olivier Guyonvarch, consul général par intérim : « Les Français de Londres, ce ne sont pas des usagers, ce sont des clients »

Avec 80 agents et 30 000 passeports délivrés par an, le consulat général de France à Londres est l'un des trois plus grands postes consulaires français au monde. Le consul général, Olivier Guyonvarch, veut en faire « the consulate next door ».

Jérémie Raude-Leroy
Membres Public

Un missionaire de renfort de la diplomatie

Olivier Guyonvarch n'était pas destiné à prendre les rênes du consulat général de France à Londres. C'est le départ anticipé de son prédécesseur qui l'a propulsé à ce poste, lui qui officiait jusqu'alors comme ambassadeur de France en Jamaïque. « Je suis arrivé comme missionnaire de renfort», confie-t-il lors d'un long entretien accordé à Français à Londres dans les locaux du consulat, à South Kensington.

Mais le diplomate, dont la première affectation fut Wuhan en 1998, n'est pas du genre à subir les événements. En quelques mois, il a imprimé sa marque sur une institution qui emploie quelque 80 agents — « probablement l'une des plus grandes équipes consulaires au monde » — et qui affiche un taux de satisfaction de 96 %.

« Des clients, pas des usagers »

Sa philosophie tient en une formule : « Les Français, ce ne sont pas des usagers, ce sont des clients. » Derrière ce changement sémantique, un véritable programme initié avant son arrivé et qu'il poursuit avec enthousiasme. Le consulat de Londres, répondant positivement aux initiatives de modernisation du Quai d'Orsay, a multiplié les innovations pour simplifier la vie des quelque 300 000 Francais installé au Royaume-Uni, dont 139 000 inscrits au registre consulaire.

Parmi les nouveautés : la pré-demande de passeport et le paiement des droits de cancellerie entièrement en ligne, les « Consu'lates » — des créneaux en horaires élargis pour ceux qui ne peuvent pas se libérer en journée — ou encore les déclarations de naissance le vendredi. L'accueil du public a été entièrement repensé et des expositions d'artistes français se succèdent en salle d'attente tous les deux mois.

Les chiffres donnent le vertige : 30 000 passeports et 1 000 cartes d'identité par an, 700 visas par jour, 6 150 actes d'état civil annuels consignés dans une dizaine de gros volumes reliés. Quand l'une des trois imprimantes à visa est tombée en panne, le consul a envoyé un agent à Paris par avion chercher une machine de remplacement — plutôt que de faire attendre les demandeurs.

Les élections consulaire du 31 mai, un défi logistique à zéro erreur

À l'approche des élections consulaires du 31 mai 2026, le consulat tourne déjà à plein régime. « Nous avons commencé les réunions hebdomadaires il y a un mois et demi », explique Olivier Guyonvarch. L'enjeu est de taille : le moindre faux pas peut entraîner une annulation par le Conseil d'État.

Onze bureaux de vote seront ouverts au Royaume-Uni, dont huit à Londres — au Lycée Charles de Gaulle et à Wembley — et deux bureaux en province, à Manchester et Bristol, et n bureau de vote au consulat d'Edimbourg. Les électeurs pourront également voter en ligne (sur réception d'un identifiant et d'un mot de passe reçus par courrier électronique et SMS, ou via l'application France Identité) du 22 au 27 mai, ainsi que par procuration ou en personne le jour du scrutin. L'inscription sur les listes électorales consulaires est possible jusqu'au 24 avril 2026. Nos compatriotes peuvent aussi voter par procuration pour les élections municipales s'ils sont inscrits sur une liste en France.

La participation reste toutefois un défi majeur. Historiquement, elle plafonne autour de 16 %. Le consul ne cache pas son souhait de voir davantage de Français s'impliquer dans la vie démocratique locale, que ce soit par le vote ou par l'engagement au sein du conseil consulaire — neuf élus au Royaume-Uni, présidé par Patricia Connell.

L'état civil, entre rigueur française et souplesse britannique

Le consulat traite aussi environ 400 dossiers de nationalité par an, principalement par mariage. Pour chaque cérémonie de remise de déclarations d'acquisition, la Marseillaise est chantée a cappella et une coupe de champagne est offerte à nos nouveaux compatriotes. « C'est un moment très émouvant », assure le consul.

Mais l'état civil réserve aussi son lot de complexités, surtout depuis le Brexit. La rigueur du système français se heurte régulièrement à la souplesse britannique. Au Royaume-Uni, changer de nom est relativement simple ; en France, les règles sont d'une grande rigidité. Le consul évoque le casse-tête des tirets — « sécable » ou « non sécable » — dans les noms composés, ou les règles labyrinthiques de transmission du nom de famille aux enfants.

Parmi les anecdotes les plus surprenantes, celle de deux prêtres : un Français catholique devenu anglican pour épouser un Anglais prêtre anglican. Tous deux désormais français et prévoient de s'installer en Bretagne. Pour le consul, la beauté du métier consulaire, c'est d'accompagner administrativement de belles histoires humaines - mais aussi, parfois, de faire face à la détresse, comme lorsqu'il faut sceller au cachet de cire les cercueils avant leur dernier voyage.

Transparence et proximité

Interrogé sur la refonte du site internet du consulat, qui avait temporairement fait disparaître les procès-verbaux du conseil consulaire, Olivier Guyonvarch assure que leur remise en ligne est en cours. « La refont des sites des postes a été menée par Paris, pour etablir une identité commune, et il nous faut faire parfois quelques ajustements », explique-t-il, avant de préciser que les PV seront anonymisés et validés avant publication.

Le consul promet également d'associer davantage les médias locaux francophones aux événements du consulat. « J'ai été conseiller de presse à l'ambassade de France à Pékin, je sais l'importance des médias », souligne-t-il, en s'engageant à convier la presse locale lors de la prochaine présentation du bilan d'activité.

L'homme derrière le consul

Derrière le gestionnaire se cache un diplomate chevronné et un passionné d'Asie et du droit de la mer. Avant Londres, Olivier Guyonvarch a été ambassadeur de France en Jamaïque et représentant permanent auprès de l'Autorité internationale des fonds marins (2021-2025), après avoir été consul général de France à Wuhan (2017-2021). Il a également dirigé la sous-direction du droit de la mer au Quai d'Orsay, travaillant notamment avec les Britanniques sur le cadre juridique de l'exploitation minière des fonds marins, l'accord BBNJ sur la protection de la biodiversité en haute mer et le Traité sur l'Antarctique. « C'est l'une de mes passions professionnelles », confie-t-il.

Sa philosophie diplomatique ? « Être diplomate, c'est être un éternel déçu. Si on atteint tous ses objectifs, c'est qu'on n'était pas assez ambitieux. » Un état d'esprit qu'il applique aussi à sa gestion du consulat.

« The consulate next door »

Son message aux Français du Royaume-Uni ? « Venez tel que vous êtes. » Olivier Guyonvarch rêve d'un Royaume-Uni qui serait « un village pour les Français, avec le consulat sur la place du village ». Un consulat de proximité, ouvert et accessible à tous — « the consulate next door ».

L'inscription au registre consulaire, rappelle-t-il, est « gratuite et sans douleur ». Elle permet d'être contacté en cas de crise, de faciliter les démarches administratives et de s'inscrire sur les listes électorales.


Entretien réalisé par Jérémie Raude-Leroy et Francine Joyce pour Français à Londres, au consulat général de France à Londres, 4 mars 2026.

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