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Ritaline : les troubles attentionnels concernent aussi les adultes

Ritaline : les troubles attentionnels concernent aussi les adultes

Non ! les adultes ne sont pas les “grands” oubliés des prises en charge TDA/H. Si le diagnostic des enfants s’est aujourd’hui banalisé, celui de leurs aînés est souvent fortuit et nécessite une évaluation globale imprévue au départ.

Francine Joyce
Membres Public

Il était une fois, un paumé … Beau, intelligent mais aussi apathique que votre ado qui “chill ” (en français adulte "se languit") enfermé dans le désordre de sa chambre … Dans le film “ Limitless “ la vie flegmatique d’un écrivain branché sans tonus (Bradley Cooper) bascule quand un ami lui fait découvrir le MZT . Ca ressemble à un concentré vitaminique qui pourrait booster son énergie endormie. En réalité, il s’agit d’un stimulant intellectuel qui n’est pas encore sur le marché mais qui lui permettrait de sortir de sa paresseuse torpeur et d’exploiter son potentiel mental au maximum. Petite hésitation et puis, sans grande conviction, il essaye. Un simple comprimé par jour suffit pour booster son dynamisme, sa motivation, sa créativité et sa concentration. Très vite notre héro nonchalant  surmonte sa fatigue chronique ainsi que ses difficultés pour organiser ses pensées et ses projets. Ce médicament non-homologué booste sa mémoire et réveille toutes ses ressources intellectuelles. Rapidement tout lui réussit et il devient accro. Mais au fil des jours, il adopte des comportements agressifs ou à risques. Il s’engage aux côtés de Robert de Niro dans une intrigue hérissée de dangers …

Adapté d’un roman d’Alan GlynnThe Dark Fields “, ce scénario palpitant ne relève pas de la science fiction. Il soulève toutes les questions que se posent aujourd’hui parents, médecins et patients sur les traitements des troubles attentionnels (TDA/H) et le recours entre autre, à la Ritaline.

Pilule miracle ? Vraiment ?

Le point avec Dr Raphaël Arditti, psychiatre à Londres dans le NHS et dans le secteur privé.

Dr Raphaël Arditti, psychiatre à Londres - photo F. Joyce

Il explique :

Le TDAH n’arrive pas brutalement à 25 ou 40 ans. C’est un trouble neuro-développemental, qui apparaît à l’enfance avec la maturation du système nerveux. Les patients diagnostiqués tardivement sont simplement passés « au travers des mailles du filet » parce que leur trouble attentionnel était moins “bruyant”. C’est souvent le cas pour les petites filles considérées comme rêveuses ou distraites. Souvent associé à une hyper-activité, le trouble attentionnel est donc plus visible et plus facilement repérable chez les garçons.

 A l’âge adulte, ceux qui n’ont pas été identifiés comme souffrant d’un TDA/H se sont plus ou moins adaptés. Ils ont souvent  réussi à construire leur identité et leur trajectoire professionnelle autour de leurs difficultés. Ils consultent donc rarement pour un trouble attentionnel. Ils viennent chercher des conseils médicaux pour de la fatigue, de l’anxiété, une état dépressif, un trouble du sommeil, un stress professionnel ou post-traumatique…
Le diagnostic est alors découvert et posé par hasard, lors d’une évaluation plus globale
.”

Comment se manifeste le TDA/H chez les adultes ?

Il se traduit par des symptômes somme toute assez communs : des difficultés d'organisation du quotidien (ménage, papiers administratifs), de concentration, de hiérarchisation, de gestion du temps, de l’argent parfois, une tendance pathologique à remettre les tâches au lendemain -surtout si elles sont répétitives et ennuyeuses, à ne pas finir les projets en cours... Or nous avons tous un jour oublié nos clés, perdu notre téléphone ou le passeport, payé une facture en retard, réagit excessivement à un petit échec … Ce qui fait le trouble, ce n’est pas l’anecdote, c’est le retentissement fonctionnel durable.

Les réseaux sociaux ont popularisé le TDA/H, avec parfois beaucoup de désinformation. Il serait réducteur de le définir comme un problème de performance. Il s’agit plus d’une façon d’être au monde et d’entrer en relation avec les autres. Ce n’est pas seulement le tableau actuel qui compte. Il faut explorer l’histoire développementale de la personne, les symptômes présents avant 12 ans, et le retentissement fonctionnel réel, à la fois dans l’enfance et à l’âge adulte. Le diagnostic ne peut pas être réalisé dans le cadre trop rapide d’une consultation NHS chez votre GP qui ne peut vous consacrer que quelques minutes.

Dr Raphaël Arditti, psychiatre à Londres - photo F. Joyce

Dans nos sociétés actuelles beaucoup se sentent fatigués, démoralisés, sombres. Ils souffrent d’un mal-être confus. Ils cherchent des réponses et de l’aide auprès de leurs médecins… Même s’ils ne présentent pas un profil TDA/H, ils voient dans les psycho-stimulants une solution attractive, efficace rapidement. ”

Ces traitements sont parfois perçus comme anodins. Le sont-ils vraiment ?
En France, deux grandes classes de stimulants sont autorisées : le méthylphénidate (Ritaline, Concerta…) et les amphétamines (Elvanse). Elles sont arrivées sur le marché français en 2025, alors qu’elles sont prescrites depuis longtemps au Royaume-Uni. Ces médicaments augmentent la disponibilité de la dopamine, afin d’améliorer la communication entre les neurones. Ils permettent aux patients d’utiliser leurs capacités, sans être freinés par un trouble attentionnel. Ils apportent un soulagement mais aussi un niveau d'éveil accru et solide.

 Ce sont des substances contrôlées, avec un risque de mésusage et d’addiction surtout en cas de consommation de substances associées. Les doses sont strictement individuelles. La surveillance est essentielle sur la fréquence cardiaque, la pression artérielle, le poids (car l’appétit peut diminuer). Un surdosage expose à un risque cardiovasculaire réel. De plus, le méthylphénidate n’est pas actif sur TOUS les mécanismes attentionnels. La molécule est déconseillée dans certains troubles psychiatriquqes non stabilisés (pathologies schizophréniques, troubles bipolaires…)

Un “test” peut-il confirmer un TDA/H

Justement, il n’existe pas de bilan spécifique qui pourrait donner une réponse rapide, claire et nette comme une prise de sang ou une radiographie. Seul un psychiatre pourra intégrer les symptômes exprimés et ressentis depuis l’enfance dans un contexte plus global. Seule son expertise pourra évoquer ou écarter une autre hypothèse, une autre pathologie mentale.”

Beaucoup de patients disent s’auto-médicamenter avec du café ou du Red Bull, qu’en pensez-vous ?

Ah oui, et certains rêvent même parfois de prendre de la cocaïne ! Mais ce ne sont pas des solutions thérapeutiques !
Effectivement, le café et les energy drinks boostent les capacités et l’endurance attentionnelle. Mais leur efficacité sur l’activité intellectuelle est de très courte durée. Ils ne vous aideront pas à organiser calmement vos pensées. Leur effet énergisant peut même contrarier la concentration et à haute dose impacter la santé vasculaire. En outres, il est fortement conseillé de réduire toute autre forme de stimulants pendant un traitement médicamenteux : l’effet cumulatif est délétère (insomnie, nervosité, anxiété…).

Il est légitime et même conseillé de consulter si vous ou l’un de vos proches se sent en décalage avec son environnement car la charge héréditaire est importante. De plus, la prise en charge dans le NHS peut être très longue. Les listes d'attente pour être évalué(e) par un centre spécialisé après le "referral" du médecin traitant, peuvent atteindre 6 ans. Dans le secteur privé, les délais sont de 7 mois en moyenne. Or, le traitement médicamenteux pourra être d'une aide précieuse. Il devra être associé à une hygiène de vie, une alimentation et un sommeil de qualité.

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