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Élections législatives dans la 3ème circonscription des Français de l’étranger : tribune contre tribune

Élections législatives dans la 3ème circonscription des Français de l’étranger : tribune contre tribune

Le 27 mai, en ligne, et le 5 juin, en présence, marqueront le début des élections législatives pour la circonscription d’Europe du Nord. Onze candidats et candidates se présentent. Français à Londres revient sur les propositions formulées et les oppositions partisanes qui se dessinent.

Marie-Charlotte Perrin
Membres Public

À quelques jours du premier tour des élections législatives (27 mai en ligne et 5 juin en présence), la troisième circonscription des Français établis à l’étranger compte officiellement onze candidates et candidats. L’éducation, l’accès facilité aux services administratifs ou encore la mobilité entre la France et le Royaume-Uni sont au cœur des programmes. Si la circonscription a ses propres enjeux, elle n’échappe pas pour autant à la querelle partisane nationale, avec d’un côté la Nouvelle Union des Partis de Gauche (NUPES), de l’autre Ensemble !, sans oublier les partis de la Gauche radicale, le parti Les Républicains et les partis d’extrême droite Reconquête et le Rassemblement national. Français à Londres revient sur les grandes lignes des programmes des candidats et candidates et les points de dissension existants.

Onze candidats et candidates pour un seul siège

Onze candidats et candidates se présentent dans la circonscription d’Europe du Nord pour environ 182 229 citoyens français y résidant : Monsieur LAMARRE Assamahou, Madame HELAILI-CHAPUIS Laurence (Indépendants, Démocrates, Progressistes, Madame BAILLY Coralie (Jeunes centre de gauche), Monsieur  HOLROYD Alexandre (Ensemble !), Madame MINVIELLE Charlotte (NUPES), Madame DARRIEUS Margaux (Reconquête), Madame CAZEIN Aude (Volt), Monsieur GALIAY Artus (Les Républicains), Monsieur LEPELTIER Thomas (Parti Animaliste), Monsieur BEGON Willy (Rassemblement National), Madame ROMBINI Valérie (Fédération de la Gauche Républicaine)

Ils étaient au nombre de seize lors des élections législatives en 2017, à l’issue desquelles la députée sortante du parti socialiste, Axelle Lemaire, avait laissé son siège au candidat vainqueur Alexandre Holroyd représentant le parti La République en Marche (LREM). Élu avec 70,11% des votes exprimés en 2017 (avec environ 80% d’abstention), le député souhaite poursuivre son mandat en 2022. Le candidat franco-britannique de la coalition "Ensemble !" (MoDem, Horizons, Renaissance, Mouvement Démocrate, Agir…) défend son rôle dans la gestion du Brexit et la protection des droits des citoyens français ainsi que la suppression de la CSG et CRDS.

Les candidats et les programmes : quelles sont leurs principales propositions pour 2022-2026 ?

Si réélu, Alexandre Holroyd souhaite notamment participer à la création de la résidence de repli en matière de fiscalité pour les Français de la 3ème circonscription. Autres points de son programme : l’amélioration de la relation diplomatique franco-britannique, agir pour la transition écologique, renforcer l’Union Européenne et promouvoir la continuité du dialogue franco-britannique au sujet des retraites des citoyens français.

Si le candidat de la majorité présidentielle affiche sa détermination à briguer un second mandat, le siège est aussi convoité par dix autre candidats et candidates. Parmi eux, la candidate Charlotte Minvielle qui porte les couleurs de la récente Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale NUPES (LFI, EELV, Parti Socialiste, Parti communiste français). Londonienne depuis presque quinze ans et travaillant dans le développement international, la candidate franco-britannique centre son projet autour de la justice sociale, de l’écologie et de l’égalité. Parmi les points clefs de son programme figurent l’extension et la pérennisation des budgets consacrés aux Français les plus vulnérables (exemple du dispositif de secours occasionnel de solidarité), l’instauration d’un prélèvement à la source sur les revenus de source française pour les Français et Françaises de l’étranger ou encore la mise en place d’un tarif jeune et d’un tarif senior pour les trajets en Eurostar.

La mobilité entre le Royaume-Uni et la France comme point d’action politique se retrouve, sous une forme différente, dans le programme du candidat Les Républicains, Artus Galiay. Ancien représentant de la région Hauts-de-France auprès du Royaume-Uni et ancien banquier, il souhaite mettre en œuvre la fin du monopole de l’entreprise Eurostar dans l’eurotunnel. L’émergence de compagnies concurrentes permettrait, selon lui, l’amélioration des services et la baisse des prix pour les Français et Françaises voyageant entre le France et le Royaume-Uni.

Autre candidate en lice pour les élections législatives, Laurence Halaili-Chapuis, conseillère à l’Assemblée des Français de l’étranger (AFE) et présidente du conseil consulaire. Cette implantation locale et son rôle décisionnaire sont, pour la candiate, une force pour connaître la communauté à laquelle elle s’adresse. Parmi les propositions de son programme figurent la dématérialisation des demandes administratives, généralisée aux pays de la circonscription et l’accès à un service public de proximité. Si élue, elle rejoindra le groupe de la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale.

Ce souci de rendre accessible les services consulaires et administratifs aux citoyens français est un enjeu transversal dans les programmes. Il est notamment mis en avant par la candidate Valérie Romboni représentant la Fédération de la gauche républicaine qui défend, entre autres, le renforcement des services publics, un impôt équitable et un plan de refondation de la santé publique en France et l’accueil des Français à l’étranger.

Un autre parti de gauche, le parti radical de gauche, présente sa candidate, Coralie Bailly, membre des jeunes du centre de gauche. La candidate devrait s’inscrire dans le sillage du programme du parti appelant à la création d'une VIème République davantage décentralisée vers les régions, un revenu minimum de vie égal au SMIC pour les personnes fragiles, une TVA modulée en faveur des produits fabriqués en France et en Europe et une taxe carbone pour les entreprises polluantes.

Margaux Darrieus représentant le parti Reconquête, souhaite également voir être amélioré l’accès aux services administratifs pour les Français et Françaises de la 3ème circonscription. L’étudiante française de 22 ans diplômée du King’s College de Londres souhaite ainsi prolonger les horaires d’ouverture des consulats. Autres propositions de la candidate : l’établissement d’un régime fiscal spécifique permanent pour les Français qui se rapatrient ou encore l’exonération de la CSG-CRDS sur les revenus du patrimoine.

Le candidat pour le Rassemblement National, William Begon, propose quant à lui pour faciliter les démarches administratives que soient allouées davantage de ressources aux consulats afin d’augmenter le nombre de personnels.

Le paysage politique de cette élection est aussi marqué par l’arrivée d’un nouveau parti, Volt. Se revendiquant comme un mouvement européen et présent dans 30 pays, il se veut au croisement du socialisme progressif et l’économie sociale libérale. Représentée par la candidate Aude Cazein, analyste de données résidant au Royaume-Uni depuis 8 ans, les priorités locales du parti sont la simplification de l’accès à l’administration avec la dématérialisation des opérations administratives et favoriser la mobilité des citoyens entre les pays.

Le parti animaliste présente aussi son candidat pour les élections. Thomas Lepeltier, essayiste français spécialiste d'histoire et défenseur de la cause animale, devrait suivre les lignes d’action du parti qui souhaite prendre en compte les intérêts des animaux dans les politiques publiques.

L’accès à l’éducation au cœur des programmes

Dans plusieurs programmes pour ces élections, la question éducative détient une place centrale. Les établissements français au Royaume-Uni font en effet face à plusieurs enjeux déterminants pour l’accès à l’éducation. Les frais de scolarité sont élevés contraignant certaines familles à renoncer à une scolarisation en français pour leurs enfants. Par ailleurs, les établissements académiques français sont souvent concentrés dans les grandes villes (comme Londres) accentuant les inégalités d’accès pour les familles ne vivant pas à proximité de ces hubs éducatifs.

Pour plusieurs candidats, résoudre ces enjeux et répondre aux demandes de la communauté française apparaît essentiel. Charlotte Minveille, candidate NUPES, propose ainsi de limiter l’augmentation des frais de scolarité dans les établissements français, d’augmenter les budgets des bourses et étendre les subventions et le soutien aux écoles FLAM (Français Langue Maternelle). La candidate Laurence Halaili-Chapuis souhaite, quant à elle, que le système de bourses soit indexé sur l’inflation et que l’achat d’une résidence principal ne soit pas pris en compte dans le calcul de la bourse.

Toujours en ce qui concerne les coûts de scolarisation, le candidat du Rassemblement National, William Begon, souhaite que budget de l’aide médicale de l’État soit alloué à l’éducation. La candidate Margaux Darrieus propose quant à elle de donner une préférence financière aux élèves français avec l’instauration d’une grille tarifaire différenciée entre les citoyens français, binationaux et étrangers.

Afin de favoriser l’accès pour tous à l’éducation en français et répondre à l’enjeu d’une concentration géographique des établissements, le candidat Les Républicains, Artus Galiay aimerait créer des classes bilingues français/anglais dans les écoles publiques anglaises. Cela permettrait, selon le candidat, de favoriser la continuité de l’éducation française pour les enfants de familles expatriées.

Le candidat Ensemble !, Alexandre Holroyd, compte lui développer le nombre d’établissements français au Royaume-Uni et renforcer les pôles de coopération avec les écoles FLAM et les écoles anglaises.

Une « bataille politique » entre NUPES et Ensemble ?

La lutte pour la majorité dans l’hémicycle prend aussi la forme d’une « bataille politique », selon les mots de l’ancienne ministre du logement Emmanuel Wargon pour Public Sénat.  La nouvelle alliance de gauche NUPES et le groupe Ensemble derrière le Président de la République semblent en effet se livrer une bataille des idées. Cette opposition se constate à l’échelle de la troisième circonscription. On a notamment vu sur le réseau social Twitter, le député sortant se montrer critique vis-à-vis de la NUPES et des idées qu’elle entend mettre en œuvre.

La NUPES, qui a dévoilé son programme en 650 mesures le 19 mai dernier, entend en effet s’inscrire dans une démarche de « reparlementarisation » de la vie politique et d’élimination du « système dans lequel nous vivons » selon les propos de son leader, Jean-Luc Mélenchon. Dans les mesures phares défendues par l’alliance figurent le rétablissement de l’ISF, l’établissement du salaire minium à 1500 euros net ou encore la retraite à 60 ans, là où le programme du Président de la République opte pour un départ à la retraite à 65 ans.

Du côté de la majorité présidentielle, unie derrière Emmanuel Macron, qui a lui-même validé les candidats et candidates de son parti aux législatives, « rien n’est acquis » (Public Sénat). En effet, malgré sa réélection, le Président a appelé les candidats Ensemble ! le 10 mai dernier à « aller décrocher la majorité parlementaire » alors qu’« un projet d’exclusion à l’extrême droite » se profile et que « de l’autre côté, un projet qui a choisi le communautarisme » (Public Sénat).

L’OTAN, alors rester ou partir pour la NUPES ?

Des points de dissension existent entre les groupes, notamment sur l’appartenance à l’OTAN et la place de la France dans l’Union Européenne (cf. tweets échangés) . Si la sortie de l’alliance atlantique a en effet été portée par la France Insoumise, ce n’est néanmoins pas un objectif affiché de la NUPES. La question reste en effet « en nuance » pour la Gauche. Le Parti socialiste reste notamment attaché à cette appartenance.

Autre point de friction, l’Union européenne (UE). Le groupe NUPES entend en effet mener une politique de « désobéissance » vis-à-vis des règles européennes, contrairement à Ensemble !, comme celles obligeant de contenir le déficit annuel sous les 3 % du budget ou l’interdiction de baisser la TVA à moins de 5 % sur les produits de première nécessité. Si cette politique ne signifie pas une sortie de l’UE, elle est critiquée par la majorité présidentielle, notamment l’eurodéputée Françoise Keller et François Bayrou, qui redoute une désintégration de l’UE.

Ces dissensions entre les groupes politiques laissent entrevoir une année parlementaire mouvementée. La pérennité des alliances est aussi en suspens, puisque les sujets laissés en nuance pourraient, un jour ou l’autre, être remis sur la table.

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