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AEFE, passeports : Éléonore Caroit répond aux Français de Londres et du Royaume-Uni

AEFE, passeports : Éléonore Caroit répond aux Français de Londres et du Royaume-Uni

Frais de scolarité de l'AEFE, dématérialisation des passeports, settled status : la ministre des Français de l'étranger a répondu à vos questions.

Jérémie Raude-Leroy
Membres Public
En bref
  • Éléonore Caroit pilote une réforme profonde de l'AEFE et veut que le coût pèse « le moins possible » sur les familles, avec une obsession : leur donner de la prévisibilité.
  • Piste avancée pour les écoles françaises : des frais de scolarité différenciés selon la nationalité, afin de réduire la facture des familles françaises.
  • Passeports et cartes d'identité : le Royaume-Uni figure parmi les premiers pays où la dématérialisation devrait aboutir « très rapidement » — mais sans date précise.
  • Sur le settled status, la ministre renvoie au droit britannique, tout en promettant de traiter les « irritants » au niveau politique.

À l'occasion des célébrations du 14 juillet, Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l'étranger, a accepté de répondre aux questions de Français à Londres. Des questions que nous n'avons pas choisies seuls : elles nous ont été envoyées par vous, nos lecteurs, via un formulaire ouvert quelques jours avant l'entretien. Frais de scolarité, démarches administratives, avenir du settled status : voici ce qu'elle nous a répondu.

« C'est moi qui ai la tutelle de l'AEFE »

Première préoccupation, de très loin, dans vos questions : l'école. Sur le sujet, la ministre est en première ligne. « Je suis en charge de la réforme. C'est moi qui ai la tutelle de l'AEFE », pose-t-elle d'emblée, en revendiquant une « réforme profonde » de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger.

Elle rappelle le poids de ce réseau : l'un des dix plus grands opérateurs de l'État, plus de 640 établissements dans une centaine de pays, plus de 400 000 élèves scolarisés. « Je pense que c'est notre politique la plus importante en matière d'influence de la France à travers le monde », estime-t-elle. Une agence qui, selon elle, « a besoin d'un pilotage politique » et de « plus de flexibilité » pour les établissements locaux.

Un principe revient comme une boussole : la mixité sociale. « Pour moi, c'est fondamental », insiste-t-elle. Elle nuance toutefois : « Ce ne sont pas des écoles publiques à l'étranger, mais le réseau permet quand même une certaine forme de mixité quand on compare avec d'autres réseaux à travers le monde. »

Frais de scolarité : « faire porter le moins possible aux familles »

Nous l'avons interrogée sur le point qui fâche : l'annonce d'une hausse des frais de l'ordre de 3 % par an. Va-t-elle s'y tenir ? « Non, moi j'ai envie de donner de la prévisibilité aux familles », répond-elle, avant de distinguer ce qui dépend de l'agence de ce qui lui échappe — la législation britannique, dont la fameuse TVA appliquée à Londres, et la gestion « privée en réalité » de certains établissements.

Sa ligne, répétée plusieurs fois :

Une politique publique financée par le gouvernement français, ça ne veut pas dire qu'on finance et qu'on paye toute la scolarité de tout le réseau. Ma priorité, c'est de faire porter le moins possible aux familles, et en particulier aux familles françaises, le coût de ces réajustements.

Elle reconnaît un angle mort du système de bourses : « Il y a toute une catégorie de Français qui sont juste un tout petit peu trop aisés pour avoir accès aux bourses [...] et pour qui c'est très dur de scolariser leurs enfants. » Sa réponse : « mettre en place, chaque fois que c'est possible, des frais de scolarité différenciés sur la base de la nationalité, pour permettre notamment aux Français d'avoir des coûts un peu réduits ». Objectif affiché, la prévisibilité : « Quand vous inscrivez votre enfant en maternelle, il faut que vous puissiez savoir, pour les prochaines années, combien ça va vous coûter. »

En revanche, impossible d'obtenir un chiffre : les fameux 3 %, plutôt plus ou plutôt moins l'an prochain ? « Je ne peux pas vous dire comme ça », renvoyant à la réforme « au niveau monde » qu'elle pilote avec le nouveau directeur général de l'AEFE — l'ancien directeur des affaires financières du ministère — en qui elle dit avoir « pleine confiance ».

Passeports et cartes d'identité : le Royaume-Uni parmi les premiers servis

Autre irritant remonté par plusieurs d'entre vous : la difficulté à renouveler passeport et carte d'identité. Où en est la dématérialisation pour les passeports et les cartes d'identité, est-ce pour bientôt au Royaume-Uni ? « Ça prend du temps », concède la ministre, qui invoque les impératifs de sécurité et de protection des données. Mais le message se veut rassurant :

J'ai très bon espoir pour que ça puisse se faire très rapidement en Angleterre. Les tests qu'on a faits dans d'autres géographies ont été très probants.

Elle cite le Canada et le Portugal, puis l'Espagne et l'Australie, et met en avant un atout britannique : « Vous avez en Angleterre un système postal qui marche, et des habitudes assez proches de celles qu'on a en France. » Sans s'engager sur une date — « je ne vais pas m'avancer là-dessus » —, elle assure que le Royaume-Uni sera « plutôt dans les pays où ça ira le plus rapidement ». Une bonne nouvelle pour qui a déjà affronté ces démarches administratives.

Une précision rassurante, tout de même, sur les délais concrets : au consulat de Londres, l'obtention d'un passeport ou d'une carte d'identité prend en général une à deux semaines après le dépôt de la demande — souvent bien moins que ce que redoutent les usagers.

Settled status : « c'est du droit interne britannique »

Sur le settled status — un lecteur demandait s'il protège toujours, et s'il faut envisager la nationalité britannique —, la ministre a préféré ne pas s'avancer. « Je ne vais pas vous répondre, parce que c'est une question qui relève plutôt du droit interne britannique », tranche-t-elle. Elle rappelle néanmoins son rôle : identifier « les irritants ou les points de blocage » et les traiter « y compris au niveau politique », en s'appuyant sur ses relations avec le gouvernement britannique. Une réponse de méthode autant que de fond, donc.

Son message à la communauté : « sentez-vous à votre place »

Pour conclure, nous lui avons demandé un mot pour notre communauté. Sa réponse, la plus personnelle de l'entretien, s'adresse à ce qu'elle appelle le « syndrome de l'imposteur » des Français de l'étranger :

Même si vous n'habitez pas en France, vous êtes des Français à part entière. Votre vision du monde — sur le climat, la démographie, la sécurité — est singulière et intéressante, justement parce que vous vivez ailleurs. Alors engagez-vous, impliquez-vous, et sentez-vous toujours à votre place. Vous avez une ministre qui est une Française de l'étranger, et qui défendra toujours vos intérêts.

À propos de cet entretien

Les questions posées à la ministre ne sont pas les nôtres : elles ont été soumises par les membres de Français à Londres via un formulaire, dans les jours précédant le 14 juillet. Nous avons regroupé les thèmes les plus fréquents — l'école et son coût arrivant très largement en tête — pour bâtir cet entretien, mené dans un temps contraint. Certaines de vos questions (fiscalité des Français de l'étranger, frais universitaires britanniques, liaisons Eurostar) n'ont pu être abordées faute de temps : nous les relaierons directement au cabinet de la ministre.

Participez !

Cette interview vous a-t-elle éclairé ? Quelles réponses attendiez-vous encore ? Réagissez en commentaire ou sur notre forum, et dites-nous quels sujets vous aimeriez que nous portions à l'attention de la ministre.

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