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Exposition David Hockney : la Normandie à l’honneur au coeur de Hyde Park
"A Year in Normandy" by David Hockney - photo F. Joyce

Exposition David Hockney : la Normandie à l’honneur au coeur de Hyde Park

Reportage sur place et Interview exceptionnelle du directeur artistique de l'exposition David Hockney 2026 à Londres. Ses confidences sur sa célébration digitale de la nature normande.

Francine Joyce
Membres Public

À 86 ans, David Hockney n'a rien perdu de son audace créative. L'exposition “A Year in Normandy, présentée à la Serpentine Gallery North de Londres jusqu'en juin prochain, témoigne de cette vitalité artistique intacte. Elle dévoile une série de paysages normands réalisés entièrement sur iPad pendant les confinements successifs de la pandémie de Covid-19. " Loin de le freiner, l'isolement a stimulé la créativité de l'artiste britannique." nous explique son directeur artistique Hans Ulrich Obrist.

La présentation de cette exposition londonienne résonne de manière singulière avec un autre événement culturel majeur de l'été 2026 : l'arrivée tant attendue de la tapisserie de Bayeux à Londres, prévue pour le mois de juillet. Ce rapprochement est volontaire. Il met en valeur des parallèles fascinants entre les deux oeuvres. Comme la célèbre broderie médiévale qui déploie ses 70 mètres pour raconter la conquête normande, l'installation de Hockney se déroule sur 90 m le long d'un mur continu qui fait le tour de la Serpentine Gallery North.

Cette disposition narrative transforme l'espace d'exposition en une frise contemporaine où se succèdent, non pas les scènes d'une bataille historique, mais l'évolution subtile des saisons normandes.

Les deux œuvres partagent cette dimension séquentielle et temporelle. La tapisserie immortalise les événements de 1066. Hockney explique s'en être inspiré pour capturer lui, le passage du temps à travers le cycle annuel de la nature. Séparés par près d'un millénaire ces récits visuels monumentaux, sont unis par leur ambition narrative.

Comme un concerto de Vivaldi, le parcours de “A Year in Normandydébute par l'explosion printanière. Les pommiers en fleurs et les chemins de campagne pétillent de teintes roses, blanches et vertes comme une euphorie végétale, avec une énergie poétique toute simple. Étonnament, le trait digital capture la légèreté des pétales et la vivacité de la lumière. L'été s'installe ensuite avec ses verts profonds et le jaune doré des meules de foin sous un ciel d'azur éclatant. L'automne apporte les ocres et les roux chaleureux des feuilles qui tombent sous la pluie. Enfin, l'hiver clôt le cycle. Les branches nues et enneigées dessinent des arabesques sombres sur des ciels gris.

Cette chronologie naturelle invite le visiteur à une promenade joyeuse qui plait beaucoup aux plus jeunes.

Toutefois, il faut reconnaitre que ces oeuvres numériques n’ont pas le relief des peintures traditionnelles. Elle ne portent pas la "trace physique" de l’artiste. Son geste est là mais son âme peine à s’exprimer. La topographie est sans épaisseur, sans la rugosité du grain, sans “l’accident de la matière”. L'œuvre devient plate, au sens littéral. Il manque la “tension dramatique du coup de pinceau”… comme si la matière faisait partie intégrante du language de l’artiste.

"A Year in Normandy" by David Hockney - photo F. Joyce

L'imperfection et les légères irrégularités d'une toile — ce que le digital "corrige" automatiquement — sont précisément ce qui nous rappelle qu'un humain était là, vulnérable, devant nous. Le digital réduit cette émotion et ce dialogue avec nous.

Au centre de la galerie, des œuvres numériques encadrées explorent des compositions plus abstraites, d'autres présentent des portraits. Malgré l'outil technologique, le style demeure incontestablement “hockneyien : la palette de couleurs saturées, presque acidulées, qui définit son œuvre depuis les années 1960, la simplification formelle qui refuse le détail superflu...

Avant de conquérir Londres, cette exposition a connu un succès retentissant à l'Orangerie du musée du Luxembourg à Paris. Plus de 250 000 visiteurs se sont pressés pour découvrir ces paysages numériques,

"La Serpentine Gallery, habituée à présenter des artistes contemporains audacieux, trouve en Hockney un créateur qui prouve que l'innovation n'est pas l'apanage de la jeunesse". explique Hans Ulrich .

"L'œuvre de Hockney rappelle Claude Monet amoureux lui aussi de la Normandie et fasciné par les variations de la lumière naturelle. Comme Monet multipliant les toiles pour saisir les transformations de son jardin de Giverny, Hockney accumule les vues iPad pour capturer au fil des heures, chaque nuance du cycle annuel.

Hans Ulrich Obrist (directeur artistique) - photo F. Joyce

On pense également à Vincent van Gogh, dont les paysages provençaux explosent de couleurs saturées et de touches expressives. Enfin, il y a un lien avec Henri Matisse qui cloué dans son fauteuil à la fin de sa vie, découpait des formes colorées avec des ciseaux. Hockney trouve lui dans l'iPad un outil libérateur qui compense les contraintes physiques de l'âge."

Réalisées pendant une période d'anxiété collective mondiale, ces œuvres respirent la joie, la curiosité et l'émerveillement devant la nature. Hockney nous rappelle que l'art peut être un antidote à la tristesse, que la créativité trouve toujours un chemin, même à travers un écran tactile.

"A Year in Normandy" by David Hockney - photo F. Joyce

En installant ces paysages normands à quelques semaines de l'arrivée de la tapisserie de Bayeux, Londres célèbre deux visions extrêmement différentes de la Normandie mais unies par la ferveur des artistes.

Serpentine Gallery North - photo F. Joyce

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