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La crise de l'eau au Royaume-Uni rouvre les débats sur les privatisations
Photo by Thomas Dewey / Unsplash

La crise de l'eau au Royaume-Uni rouvre les débats sur les privatisations

La plus grande compagnie d'eau britannique menacée de renationalisation, les trains mis à l'arrêt par des grèves à répétition, les consommateurs étranglés par les factures d'électricité et de gaz: les secteurs vitaux du Royaume-Uni sont en crise, des décennies après des privatisations controversées.

AFP
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Vendues dans les années 80 et 90 sous les gouvernements conservateurs de Margaret Thatcher et John Major, des entreprises publiques ont été divisées en plusieurs entités, entraînant de nouveaux investissements mais aussi d'énormes bonus pour les dirigeants, des dividendes pour les actionnaires et des dettes
massives.

Thames Water, l'entreprise de gestion des eaux de la région de Londres, criblée de dettes, a annoncé lundi avoir levé 750 millions de livres sterling auprès de ses actionnaires. Mais l'entreprise, dont la solidité financière inquiète jusqu'au gouvernement britannique, accuse une dette de près de 14 milliards de livres. Le gouvernement conservateur s'était dit prêt, fin juin, à n'importe quel scenario, face aux inquiétudes sur la santé financière de la plus grande compagnie d'eau du Royaume-Uni, desservant 15 millions de clients à Londres et dans la vallée de la Tamise. Selon la presse, le gouvernement travaille à un plan d'urgence qui lui permettrait si besoin de reprendre la main sur Thames Water via un régime
"d'administration spéciale". Mais une telle "renationalisation, en plus d'avoir un coût élevé, serait un suicide électoral", dit à l'AFP Hugh Willmott, professeur à la Bayes Business School à Londres.

Retards et annulations

Le parti travailliste, grand favori des élections générales qui auront lieu l'an prochain, a lui-même abandonné ses projets de renationalisation de l'eau, de l'énergie ou de la distribution du courrier (Royal Mail). Il a cependant l'objectif de reprendre les chemins de fer sous le contrôle total de l'Etat. "C'est plus facile pour le secteur ferroviaire car il est déjà en grande partie nationalisé", explique Hugh Willmott.

Les rails n'ont en effet pas été privatisés. De plus, l'État a déjà mis en œuvre des renationalisations temporaires pour certains opérateurs mal gérés. Le gouvernement britannique a notamment pris le contrôle en mai de l'opérateur TransPennine Express, dans le nord de l'Angleterre et une partie de l'Ecosse, après une multiplication de retards et annulations. Les effets des privatisations sur la santé d'entreprises autrefois publiques sont aussi dénoncés par plusieurs syndicats, alors que les travailleurs du rail, les soignants ou encore les postiers ont débrayé massivement ces derniers mois, pour réclamer des hausses de salaires face à l'inflation.

Un secteur vital reste sous le contrôle de l'Etat: le service public de santé, le NHS, qui vient de fêter ses 75 ans, mais il fait lui aussi face à une profonde crise. Cette institution dont le fonctionnement repose sur les investissements du secteur privé ainsi que sur les impôts et les emprunts d'État, est lourdement endetté. Les patients, eux, font face à des délais records pour être soignés.

"Escroquerie"

"Quand il a été privatisé en 1989 (...), le secteur de l'eau était salué comme une réussite du programme de privatisation sous Thatcher", note l'analyste indépendant Howard Wheeldon. "La triste réalité est que, dans un monde de plus en plus dominé par la cupidité individuelle, (...) le secteur de l'eau est devenu la plus grande histoire d'escroquerie du Royaume-Uni", poursuit-il. "En 34 ans de privatisation, les factures d'eau ont monté en flèche". Et les compagnies de gestion de l'eau ont accumulé plus de 60 milliards de livres de dette sur la période.

Le secteur est aussi sous le feu des critiques pour le déversement de quantités importantes d'eaux usées dans les cours d'eau et en mer, en raison notamment d'un manque d'investissements dans le réseau d'égouts qui date de l'époque victorienne (fin du XIXe siècle). "La nationalisation, elle-même un processus long et coûteux, apporterait-elle une amélioration par rapport à une meilleure réglementation du secteur privé ?", questionne le professeur Len Shackleton du centre de réflexion pro-libre-échange The Institute of Economic Affairs. "Certes, les coûts seraient réduits si aucun dividende n'était versé. Mais les emprunts publics ont toujours un coût. (...) Ne croyez pas que la nationalisation soit la panacée", prévient-il.

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