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Lancement Mondial à Londres du dernier roman de Stephen King : « Other Worlds Than These »
C’est le troisième volet d'une saga attendue depuis plus de vingt ans. Un nouveau roman qui écrit la peur pour mieux l’apprivoiser.
C'est dans le décor feutré du Brown's Hotel - institution londonienne à l'élégance toute britannique - que s'est déroulé le 5 octobre le lancement mondial du nouveau livre de Stephen King : "Other Worlds than These". Boiseries, cousins moelleux et tapis épais : le lieu semble à des années-lumière de l'univers du maître de l'horreur.

Il est pourtant tout sauf anodin. C'est ici, au coeur de Londres, que Stephen King a rencontré pour la première fois Peter Straub, son ami et futur complice littéraire. C'est dans la capitale anglaise que les deux hommes ont posé les bases d'une collaboration qui allait donner naissance à la plus singulière sagas du fantastique contemporain. Et c’est pour cela que le lancement mondial s’est déroulé dans ce lieu hautement symbolique pour les deux auteurs. Le livre est une aventure émotionnelle qui fait ressurgir d’anciens personnages, de vieux souvenirs et des mondes oubliés.
Pour les lecteurs de la première heure, l'attente aura été longue. Le Talisman paraissait en 1984, suivi de Black House en 2001. Vingt-deux ans plus tard, ce troisième tome arrive enfin ! Bien tard. La raison est douloureuse : Peter Straub est mort en 2022, après la publication du deuxième volume, laissant la trilogie inachevée.

Pourtant, son nom figure bien sur la couverture, et ce n'est pas une simple formule de politesse. Les deux écrivains avaient élaboré ensemble l'architecture de toute l'histoire. Au fil de leurs échanges, de leurs lettres et de leurs conversations, ils avaient partagé leurs idées sur ce que devait devenir l'intrigue après les deux premiers tomes. Cette matière commune, nourrie par des années d'amitié, est le socle sur lequel King a construit ce dernier volet. Ceux qui les connaissaient décrivent deux hommes très proches, unis par une confiance rare entre auteurs à forte personnalité.

Ce livre est autant un aboutissement qu'un hommage.
Dans cet épisode final de la trilogie, Jack, tente d'arrêter une secte qui envahit les “Territoires” et pratique des sacrifices sanglants. Le but est d’ouvrir “la Gorge” - sorte de trou noir doué de conscience qui absorbe les jeunes et engloutira peut-être leur monde. Puis il s'attaquera au nôtre.



L'émotion était d'autant plus palpable ce 5 octobre 2026 que Stephen King lui-même n'a pas pu faire le déplacement. À 79 ans, la santé fragile de l’écrivain américain l'a contraint à renoncer à ce voyage auquel il tenait beaucoup. Son absence a pesé sur la soirée. Entre inquiétude et affection. la cérémonie s'est donc déroulée sans aucun des deux pères du projet, ce qui lui a donné un caractère particulièrement mélancolique.
Né en 1947 à Portland dans le Maine, Stephen King publie Carrie en 1974 et devient en quelques années une figure incontournable de la littérature populaire. Suivront Shining, Misery, Ça, Le Fléau ou encore la vaste saga de La Tour sombre. Plus de soixante romans, des centaines de millions d'exemplaires vendus dans le monde, et des adaptations devenues cultes au cinéma et à la television - Les Évadés, La Ligne Verte, Stand by Me.
Son succès tient à un talent singulier : il ancre la peur dans le quotidien. Ses personnages sont des enfants, des enseignants, des écrivains en panne, des habitants de petites villes américaines. L'horreur surgit dans leurs vies ordinaires, ce qui la rend d'autant plus crédible. On aime aussi Stephen King pour sa générosité, sa voix de conteur, sa tendresse pour ses personnages cabossés. Le monde littéraire lui a rendu justice en le décorant de la médaille de la National Book Foundation, ainsi que la National Medal of Arts. Nombreux sont aujourd'hui ceux qui estiment, à voix haute, qu'il mériterait le prix Nobel de littérature, tant son œuvre a marqué l'imaginaire de plusieurs générations.
Son dernier livre s’adresse à ses lecteurs de toujours mais aussi aux nouvelles générations parce qu'il aborde nos peurs contemporaines.
Peur de l'avenir d'abord, dans un monde marqué par l'anxiété climatique et l'incertitude économique. Peur de l'isolement aussi, à l'heure où l'on vit connecté en permanence mais où la solitude progresse. Peur de la manipulation et de la perte de repères, à une époque où la frontière entre le vrai et le faux se brouille sur les écrans. Peur de la violence qui peut surgir sans prévenir, et peur enfin de l'effondrement des certitudes collectives. Cette jeune génération qui a grandi entre crises successives connaît bien ces angoisses. La littérature de King leur donne un visage, donc une forme qu’ils se sentent capables de mieux affronter.

“J’écris la peur pour mieux l'apprivoiser” répète Stephen King dans toutes ses interviews ! Mettre en scène la peur, c'est une manière de gérer nos craintes intérieures. Le monstre sur la page permet de regarder en face ce que l'on redoute sans le subir. En traversant l'épouvante par procuration, le lecteur s'exerce, d'une certaine façon, au courage. La fiction devient un espace sécurisé où l'on peut apprivoiser ses démons avant de les affronter peut-être dans la vraie vie. Ce n'est pas un hasard si ses récits les plus terrifiants sont souvent aussi ceux qui consolent le plus. On y lit que l'amitié, la loyauté et le courage peuvent triompher de ce qui nous menace.
L'autre grand ressort de la saga est l'existence fascinante de mondes parallèles. Depuis Le Talisman, l'histoire s'appuie sur ces “Territoires” - un univers voisin du nôtre et dont les événements font écho aux nôtres.
Les mondes parallèles répondent à un désir très humain de croire qu'il existe un ailleurs, que d'autres versions de nous-mêmes ou d'autres chemins sont possibles. Ils offrent une évasion, mais aussi un miroir. En observant un monde qui ressemble au nôtre tout en s'en écartant, on prend mieux conscience de ce qui nous entoure et de ce que l'on pourrait changer. Pour une jeunesse en quête de sens et de possibles, cette promesse a une résonance particulière.
Avec Other Worlds Than These, Stephen King boucle donc une aventure entamée il y a plus de quarante ans, avec un ami perdu. Ce livre apparaît comme une invitation à franchir une nouvelle fois la porte des Territoires et de ces autres mondes qui ressemblent au nôtre.
