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Le British Museum achète le coeur en or d'Henry VIII
Le "Tudor Heart "

Le British Museum achète le coeur en or d'Henry VIII

Le bijou le plus romantique de la dynastie Tudor, celui qui raconte la vraie histoire d'amour derrière le mythe de Barbe Bleue, ne tombera pas dans les mains de collectionneurs privés. Il est maintenant à jamais la propriété du British Museum.

Francine Joyce
Membres Public

Du Roi Henri VIII l'Histoire a retenu l’image d’un souverain sanguinaire, tyrannique, collectionneur d’épouses malheureuses et responsable d’une discorde religieuse qui a bouleversé l’Europe de l'époque. Six femmes, deux répudiées, deux décapitées : la légende noire du souverain Tudor lui a valu le surnom de « Barbe-Bleue ». Pourtant, un bijou exhumé récemment dans un champ du Warwickshire est venu nuancer ce portrait brutal. Le « Tudor Heart », un pendentif en or massif datant du XVIe siècle, ravive le souvenir d’un amour sincère entre Henri VIII et sa première épouse, Catherine d’Aragon, fille des Rois catholiques d’Espagne. Avant la sinistre réputation de Barbe-Bleue, il a y eut un jeune roi épris d’une princesse espagnole. Et leur mariage, qui a duré 24 ans, a été le plus long des six mariages du Roi.

Découvert par hasard en 2019 par le détecteur de métal d'un propriétaire de bar à Birmingham près d’un étang asséché, le bijou dormait enfoui depuis près de cinq siècles. Il s'agit d'une chaîne en or de 75 maillons terminée par un fermoir émaillé en forme de main, à laquelle s'accroche un cœur ciselé en or 24 carats.

Les analyses scientifiques ont confirmé l’authenticité de l’objet qui a probablement été fabriqué vers 1518. Sur sa face avant, deux emblèmes puissants : la rose Tudor, rouge et blanche, symbole de la dynastie d’Henri VIII, et la grenade, symbole de fertilité et emblème personnel de Catherine d’Aragon. Au dos, les initiales « H » et « K » (Henry et Katherine peut-être) s’entrelacent sous un ruban. Une inscription en ancien français «+ TOVS + IORS », signifie « pour toujours ».

Ce pendentif, qui s’ouvre comme un reliquaire, est considéré comme l’un des très rares bijoux ayant survécu au début du règne d’Henri VIII. Nicholas Cullinan, directeur du British Museum, n’hésite pas à parler d’« un des artefacts les plus extraordinaires de l’histoire anglaise ». Conscient de son importance, le musée a lancé en octobre une vaste campagne pour réunir 3,5 millions de livres sterling afin d’acquérir définitivement le « Tudor Heart » et éviter qu’il ne disparaisse dans une collection privée.

En février 2026, l’objectif est atteint. Plus de 45 000 donateurs ont participé à l’effort financier - contribuant à hauteur de 360 000 livres. Le National Heritage Memorial Fund a accordé 1,75 million de livres, tandis que l’Art Fund, la Julia Rausing Trust et les American Friends of the British Museum ont complété la somme. Selon la législation britannique (Le Treasure Act 1996), le musée doit verser une récompense à celui qui a découvert le trésor et au propriétaire du terrain.

L’enthousiasme populaire et le succès de la campagne de levée de fonds témoignent de la fascination persistante des Britanniques et de leurs voisins d’outre-Manche pour l’époque Tudor.

Car derrière le mythe du tyran se cache une histoire d’amour bien réelle. Henri VIII a épousé Catherine d’Aragon en 1509. Elle était auparavant l'épouse du frère ainé de Henry, Arthur qui est mort prématurément. Le Pape a du dispensé une autorisation pour ce mariage car la Bible interdit d’épouser la veuve de son frère. Pendant plus de vingt ans, ils ont  régné ensemble sur l’Angleterre.

Le couple a eu plusieurs enfants, mais seule leur fille Marie a survécu. L’absence d’héritier mâle devient l’obsession du roi. Tourmenté, il se demande s’il s’agit d'un signe divin.  Il craint d'avoir attiré la colère de Dieu en épousant la femme de son frère. Lorsqu’il tombe amoureux d’Anne Boleyn, il demande l’annulation de son mariage avec Catherine. Le pape refusant de l’accorder, Henry se fâche avec Rome et bouleverse l’équilibre religieux européen.

Catherine est bannie de la cour, séparée de sa fille Marie.

À l’inventaire de ses biens après son décès, figure un portrait d’elle avec Henry - symbole de ses sentiments sincères pour le Roi. Son triste destin en fait l’une des grandes figures féminines de l’histoire anglaise.

C’est dans ce contexte que le « Tudor Heart » prend toute sa dimension.

Il aurait pu être créé en 1518 pour célébrer les fiançailles de la princesse Marie, alors âgée de 2 ans, avec le Dauphin de France, François de Valois, âgé de 8 mois. Le coeur en or serait le symbole de l’amour du couple royal et de leur désir d'assurer la paix entre l’Angleterre et la France par cette alliance diplomatique.

Certains historiens expliquent toutefois que ce bijou ne figure dans aucun inventaire royal connu ; qu'il pourrait avoir été offert par un grand seigneur plutôt que par le roi lui-même. Le mystère reste également entier sur les circonstances de sa perte : comment un objet d’une telle valeur a-t-il fini enfoui dans un champ de la campagne anglaise ?

Le British Museum prévoit d’intégrer officiellement le bijou à sa collection et d’organiser une tournée à travers le Royaume-Uni. On peut voir dans cette acquisition un grand succès patrimonial

Derrière la figure de despote d'Henry VIII se dessine un homme complexe, capable d’amour comme d’ambition démesurée. Cinq siècles plus tard, son cœur apparaît moins noir qu’on ne l’imaginait.

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