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Nutrition à la Française ou à l'Anglaise : le choc des cultures
Offre agro-alimentaire, culture, éducation ... leur impact sur la santé des expats au Royaume Uni
France – Angleterre : deux pays et deux peuples si proches ! Séparés par seulement 35 kilomètres d'eau salée … mais à des années-lumière en termes de nutrition, de tour de taille et d’état de santé générale. Depuis des siècles, les caricatures médiatiques décrivent d'un côté de la Manche, des sauvages qui sirotent du vin rouge en savourant du fromage au lait cru et des escargots à l’ail à la terrasse du Café de la Place ; de l'autre, des autochtones en chapeau melon qui dégustent un fish and chips avec une bonne bière tiède au pub du coin. La différence ? Elle se mesure non pas en calories comptées, mais en philosophie de la vie.

Commençons par les statistiques qui font mal. En France, en 2026, environ 17% des adultes sont obèses, un chiffre certes en hausse depuis 1997 (quand le pourcentage ne dépassait pas 9%), mais il reste l'un des plus bas d'Europe. En Angleterre, on atteint des sommets : aujourd’hui, 28% des adultes sont obèses, et si on ajoute ceux qui sont simplement en surpoids, on grimpe au Royaume Uni à un vertigineux 64% de la population adulte.

Ces chiffres mettent en lumière ce qui apparait comme le Paradoxe Français “manger mieux en se faisant plaisir" et qui légitimement en déroute plus d’un outre-Manche.
C’est cette approche contre-intuitive qui perturbe les nutritionnistes anglo-saxons. Comment étaler du beurre sur de la baguette, ajouter de la crème à toutes les sauces, manger du fromage à tous les repas, acheter des croissants pour le petits déjeuner, grignoter du saucisson au goûter, et en plus, boire du vin tous les jours peut-il être plus “healthy” que consommer du poisson avec des pommes de terre, des petits pois à la menthe et du thé at 5 o’clock ?
Au-delà des exagérations humoristiques voire satiriques qui se moquent outrageusement de nos habitudes alimentaires respectives, ce sont surtout nos attitudes face à la nourriture qui font la difference.
Depuis l’époque gauloise, les français respectent avec dévotion des rythmes alimentaires réguliers : trois vrais repas par jour, assis, à table, en prenant le temps. Ils ne mangent pas debout devant le frigo à toute heure de la journée. Le déjeuner dure facilement une heure, parfois deux. Au Royaume Uni, 22% des adultes avalent pour le lunch des "meal deals" pré-emballés (sandwich, soda, chips) devant leur ordinateur en 15 minutes chrono entre deux réunions zoom.

Selon la classification NOVA, plus de 55% de l'apport calorique britannique provient d'aliments ultra-transformés. En France, le chiffre ne dépasse pas 31%.
Si les chiffres adultes sont inquiétants, ceux des enfants sont alarmants. En Angleterre, 22% des enfants de 10-11 ans sont en surpoids (dont 15% obèses), contre environ 20% des francais de 6-17 ans (dont 5% obèses). Trois fois moins donc dans l'Hexagone. C'est plus que beaucoup. Plus effrayant encore : dans certaines zones d'Angleterre, le taux d'obésité pédiatrique grimpe à 30%.

En cause ? En partie les cantines scolaires.
Elles sont bien plus encadrées par la législation française qui impose de servir de vrais repas avec entrée, plat, fromage, dessert. Elle est prescriptive et met l'accent sur l'équilibre nutritionnel des menus sur plusieurs repas ainsi que sur la qualité des produits. Depuis 2005 elle interdit les distributeurs de sodas dans les écoles.
En Angleterre, les School Food Standards sont plus flous et plus flexibles : au moins une portion de fruits et une portion de légumes chaque jour ; un féculent chaque jour (pain, riz, pâtes, pommes de terre, etc.) ; un produit laitier chaque jour ; de la viande ou de la volaille au moins 3 jours par semaine. De plus, la réalité s’éloigne souvent de ces recommandations franchement insuffisantes.

De plus, de nombreux rapports officiels montrent que les repas scolaires britanniques restent fortement composés de produits ultra-transformés (pizzas, nuggets, pâtisseries industrielles, etc.) avec des snacks -souvent des chips- proposés aux enfants toutes les deux heures, dés la nursery. C’est pourquoi, le gouvernement britannique a annoncé en 2026 un durcissement des règles, avec notamment l'interdiction totale des aliments frits et des desserts ne contenant pas au moins 50 % de fruits à partir de 2027.
Au niveau de l’offre agro-alimentaire, il n'existe pas de base de données unique permettant de comparer totalement le contenu des supermarchés français et britanniques. Cependant, les études européennes, Open Food Facts, Nutri-Score, les enquêtes alimentaires nationales et les analyses des produits vendus permettent de dégager des tendances solides.

Les produits alimentaires sont en moyenne plus sucrés, plus transformés, plus riches en additifs, plus pauvres en fibres et moins diversifiés au Royaume Uni. Cette difference de qualité nutritionnelle peut être tenue en grande partie responsable de l’état de santé général de la population des deux côtés de la Manche.
Le Royaume-Uni est l'un des champions européens des aliments ultra-transformés. Environ 60 % des produits vendus dans les supermarchés britanniques sont classés ultra-transformés selon NOVA.
Les estimations de consommation montrent que 55 à 60 % des calories des Britanniques proviennent d'aliments ultra-transformés. En France, c’est deux fois moins. Les estimations sont généralement de 30 à 36 % des calories selon les études NutriNet-Santé.
Les Britanniques consomment davantage de sucres : environ 55 à 60 g/jour de sucres pour un adulte britannique ; environ 40 à 50 g/jour selon les enquêtes INCA pour les français. Ce qui correspond à +15 à +30 % d’hydrates de carbone au Royaume-Uni. Les différences sont particulièrement marquantes dans les céréales du petit-déjeuner, les desserts lactés, les boissons, les sauces industrielles, les plats préparés – car les français consomment plus facilement de produits bruts.
Pour les graisses, la différence est beaucoup plus faible. L’apport énergétique provenant des lipides se situe en France, comme en Grande Bretagne autours de 37%, avec un même pourcentage de graisses saturées – autours de 13% pour les deux. Les Français consomment davantage de beurre, de fromage, de crème. Les Britanniques mangent davantage de biscuits, de snacks, de plats préparés.

Pour les additifs, le Royaume-Uni utilise davantage d’arômes, d’émulsifiants, d’édulcorants et d’épaississants. Dans une analyse de plus de 50 000 produits britanniques, l'indicateur principal d'ultra-transformation était la présence d'arômes industriels. On peut raisonnablement estimer à 30 % d'additifs fonctionnels supplémentaires dans l'offre britannique moyenne par rapport à la France.

La France garde aussi un léger avantage pour la consummation de fibres dans le pain traditionnel, les légumes, les légumineuses, les fruits frais – environ 22g par jour en France ; 17g au Royaume Uni en moyenne. Les études sur les aliments ultra-transformés montrent qu'une forte consommation est associée à environ 4 g de fibres en moins par jour.
Parmi les causes, le manque de variété dans la production locale britannique. En saison, un hypermarché français offre souvent de 30 à 50 % de références de plus de fruits et légumes locaux qu’en Grande Bretagne où l’importation de végétaux, notamment de produits exotiques est bien plus importante. Les produits “fermiers” sont culturellement bien plus présents dans la tradition de l’Hexagone.

En France, environ 20–25 % des produits de consommation sont importés. Au Royaume-Uni, c’est deux fois plus : environ 45–50 % importés.
Pour les produits laitiers, la différence est énorme. Pour les références en rayon : un hypermarché français possède souvent 2 à 3 fois plus de références fromagères qu'un supermarché britannique.
Côté saveur et donc plaisir alimentaire, le point est plus subjectif. Mais les “panels sensoriels” montrent généralement que les consommateurs français valorisent davantage l'intensité aromatique, la diversité des textures, les produits peu transformés alors que le marché britannique privilégie davantage la praticité.
Des chiffres à retenir et à prendre en compte pour adapter vos apports alimentaires à la maison. Mes patients expatriés se plaignent d'une prise de poids moyenne d'au moins trois kilos lorsqu'ils s'installent en Grande Bretagne. Quelques mesures diététiques simples permettent de rester en bonne santé tout en savourant l'exotisme local !
Francine Joyce - Diététicienne à Londres

