Publicité
Peintures signées Winston Churchill : l'exposition inattendue de la Wallace Collection
Plongée dans l’intimité complexe et dans l'incontestable sensibilité d'artiste du Premier Ministre le plus impitoyable de Grande Bretagne
Politicien autoritaire Winston Churchill est adulé comme sauveur de la Grande-Bretagne face au nazisme. Il est aussi critiqué pour son impérialisme assumé et ses colères mémorables. C’est une facette bien moins connue de sa personnalité intime que la Wallace Collection de Londres met en lumière aujourd’hui : ses incontestables talents de peintre.



Winston Churchill: The Painter Wallace Collection 2026
"Quand j’arriverai au paradis, j’ai l’intention de passer le plus clair du temps de mon premier million d’années à peindre." disait Churchill.
C’est cette part secrète et intime de l’ancien premier ministre britannique que la Wallace Collection a choisi de mettre en lumière du 23 mai au 29 novembre 2026 au coeur de la capitale. Cette rétrospective inédite intitulée Winston Churchill: The Painter présente au public 50 de ses 537 toiles.
Il ne s'agit pas d'un énième portrait du diplomate au cigare, ni de l'écrivain prix Nobel de littérature (en 1953). C'est l'exposition d’une facette de sa vie que le grand public connait peu : sa profonde sensibilité artistique. C'est le premier évènement de cette envergure consacré à son œuvre picturale au Royaume-Uni depuis sa mort en 1965. La moitié des oeuvres présentées proviennent de collections privées. Sa petite-fille Lady Emma Soames, avait en effet mis ses tableaux en vente en 2014. Très peu sont donc connus du public.



toiles signées W. Churchill. Ightam Mote (1921) ; Flowers (1930's) ; Sailing boats in Antibes (1930s) - photos F. Joyce
Pourtant, ses réalisations ont très tôt attiré l’attention. Au cours de l’été 1922 à Cannes, alors que Churchill était installé face à son chevalet, un passant lui avait dit “C’est bien ce que vous faites, vous devriez continuer, vous feriez une belle carrière “. Cet homme, c’était Picasso !
Ce que révèle cette exposition, c'est à quel point la peinture n'était pas pour Churchill un simple passe-temps mondain de gentleman. Dans son essai Painting as a Pastime (1932), il explique que la peinture est la seule activité capable d'absorber entièrement son esprit. Elle lui permet “d’anesthésier”, l'espace de quelques heures, les soucis les plus lourds. Il explique que peindre est pour lui une planche de salut psychologique, un besoin presque vital pour tromper la solitude du pouvoir et surmonter la depression. Il écrit : « Heureux sont les peintres, car ils ne sont jamais seuls. Lumière et couleur, paix et espoir, leur tiendront compagnie jusqu’à la fin. ».



toiles signées W. Churchill The Lake at Blenheim 1926 ; The Loggia, Warren House (1916) ; Banqueting Hall, Knebworth House (1937) - photos F. Joyce
Churchill a commencé à peindre en 1915, au moment le plus sombre de sa carrière politique. Le désastre des Dardanelles vient de le briser. Ecarté de l'Amirauté, il est rongé par la culpabilité et l'inaction forcée. C'est sa belle-sœur Gwendoline qui, le voyant sombrer, lui met un pinceau entre les mains dans le jardin de Hoe Farm..
La dimension thérapeutique de la peinture, est précisément ce que la commissaire de l'exposition, Lucy Davis, met en avant. “Churchill abordait la toile avec une intensité comparable à celle qu'il mettait dans l'arène politique, mais pour des raisons diamétralement opposées. En cinquante ans, il a produit plus de cinq cents toiles, peignant partout où il voyageait — en Angleterre, en France, en Italie, et surtout dans le Sud marocain, à Marrakech, ville qu'il adorait pour sa lumière.”



toiles signées W. Churchill : Near Marrakech (1948) ; Tower of the Koutoubia Mosque (1943) ; The Gate at Marrakech (1935) - photos F. Joyce
Pour ce chef de guerre qui a vécu les heures les plus sombres de la Grande Bretagne, ses peintures sont d’une luminosité étonnante. George Orwell le qualifiait d’ailleurs d'homme capable d'être à la fois "très mauvais et très grand". A la Wallace Collection, les visiteurs découvrent un Churchill vulnérable, appliqué, parfois maladroit, mais toujours sincère face au chevalet.
L'exposition montre entre autres les influences de John Lavery, William Nich, Paul Maze qui ont façonné le style post-impressionniste joyeux, fait de touches vives et de couleurs franches de Churchill. Il préfère l’huile à l’aquarelle. On reconnait les ondulations et les cyprès de Van Gogh, les panoramas cézanniens. Selon le Prince de Galles -aujourd’hui devenu Roi Charles III- “Dans ses meilleurs moments, Sir Winston — en particulier lorsqu’il peignait la côte près d’Antibes — s’approchait de Monet de manière surprenante. Il adorait la Côte d’Azur, il s’y sentait chez lui, et elle lui a de toute évidence inspiré ses meilleures toiles ".
Churchill, assuré et orgueilleux dans l'arène publique, se montrait d'une grande et sincère modestie concernant ses toiles, qu'il qualifiait lui-même de « petits barbouillages ». Il disait "Nous ne pouvons aspirer à des chefs-d’œuvre. Nous pouvons nous contenter d’une petite aventure avec une boîte de peinture. Et pour cela, la seule clé, c’est l’audace."



le chevalet, quelques tubes de peintures et des pinceaux de W. Churchill - photos F. Joyce
Il avait ainsi choisi d'exposer sous le pseudonyme Charles Morin pour ne pas parasiter le jugement porté sur ses toiles. (il utilisera aussi plus tard le nom de David Winter pour des concours de peinture). Cette obsession du secret n'a pas empêché sa réputation de grandir. En décembre 2014, à l'occasion du cinquantenaire de sa mort, Sotheby's organisait une vente de souvenirs churchilliens comprenant quinze huiles. L'une d'elles, le fameux Bassin de poissons rouges à Chartwell (1932), s'est envolée à 1,8 million de livres - pulvérisant ainsi l’estimation de 400 000 - 600 000 livres qui lui était promise.

Détail amusant pour les cinéphiles : le guide audio de l'exposition comporte des extraits lus par Sir Gary Oldman — l'acteur qui a incarné Churchill dans Les Heures sombres (Darkest Hour, 2017) – rôle pour lequel il a reçu l'Oscar.
L'intérêt de cette exposition c’est surtout de montrer, loin des clichés cinématographiques et des bustes officiels, un homme qui cherchait dans la couleur et la lumière un refuge que ni le pouvoir ni la gloire ne pouvaient lui offrir.
Jusqu'au 29 novembre 2026
à la Wallace Collection
Hertford House
Manchester Square
London
W1U 3BN
