Publicité



Pénurie de "black cabs" : les taxis londoniens remplacés par des robots.
Crise des taxis londoniens

Pénurie de "black cabs" : les taxis londoniens remplacés par des robots.

Crise des taxis à Londres : après la concurrence des mini-cabs, puis des VTC, les iconiques black cabs disparaissent menacés aujourd'hui par l'IA et ses conducteurs... invisibles.

Francine Joyce
Membres Public

En ce début d’année où chacun planifie ses projets personnels et professionnels avec une énergie renouvelée et un enthousiasme résolument optimiste, certains comme les “black cabs” voient leur avenir en noir.

London City Center - photo F. Joyce

"Français à Londres" est allé voir “sous le capot”.

En 2026, ils sont -selon Transport for London (TfL), environ 14 000 à sillonner les rues de Londres. Mais depuis le Covid, leur nombre a diminué régulièrement. En 2014, les célèbres taxis noirs anglais étaient en effet presque 23 000. Une chute de 34.5%. Il n’y a pas si longtemps, il suffisait de faire un petit geste de la main pour appeler l’un de ces iconiques cabriolets  - tout comme autrefois, au XVIIè siècle, on hélait les fiacres à chevaux. Dés l’après-guerre, les fameux taxis londoniens sont devenus les fleurons des transports de la capitale. Ainsi aujourd’hui, pour les touristes du monde entier, ils sont perçus comme une composante mythique du paysage urbain britannique– aussi symboliques que les boîtes aux lettres rouges, Big Ben, les bus à “deux étages” et les horseguards de Buckingham Palace.

Glorieux Black Cabs - photo F. Joyce

Le style rétro de ces “calèches motorisées” ainsi que leur habitacle (assez spacieux pour ôter son haut-de-forme), en font presque des objets de collection ! C’est en grande partie à eux que Londres doit sa réputation mondiale en matière de systèmes de transports inter-urbains. Pourtant aujourd’hui, il sont en voie de disparition.

Hier, sur Regent Street", nous raconte Lucy, "j’ai du attendre 55 minutes dans le froid avant de trouver un black cab pour me ramener chez moi après un diner au restaurant qui a fini vers 23h. Même expérience la semaine dernière à Sloane Square. Ce sont pourtant des adresses centrales et des horaires respectables mais le très petit nombre de taxis que j’ai vu passer étaient déjà pris. La nuit, je n’aime pas prendre le métro et j’ai peur d’utiliser Uber dont les chauffeurs ne me paraissent pas professionnels”.

Aaron explique lui : “ Avant le Covid, les taxis étaient bien plus nombreux. On en trouvait partout et tout le temps même la nuit. Aujourd’hui, non seulement ils sont devenus rares le soir, mais en plus, le prix de la course a terriblement augmenté. Il faut compter environ 20 £ pour 2 miles. Je préfère utiliser une app. C’est plus fiable et moins cher.”

Le groupe de réflexion Centre for London vient de déclarer que si le nombre de taxis dans la capitale continuait de baisser au rythme actuel, il n’en resterait plus aucun d’ici 2045. Cette prévision peut paraitre alarmiste mais les chiffres montrent qu’en 2024, seulement 104 licences ont été délivrées à de nouveaux chauffeurs de black cabs, contre 1 010 en 2016.

Pourquoi ?

Les raisons sont écologiques, technologiques et financières. Comme toutes les capitales européennes, Londres cherche à diminuer ses émissions de CO2 et bien sûr, tous les véhicules – y compris les taxis- sont pointés du doigt par les autorités publiques. Aujourd’hui donc, la loi impose que seuls les taxis capables de fonctionner sans émissions sont autorisés à renouveler leur immatriculation. Or le coût des nouveaux black cabs électriques a augmenté d’environ 40 % depuis 2017. De plus, les incitations destinées à motiver de nouveaux chauffeurs ont progressivement disparu : le programme de “mise à la casse” qui offrait 10 000 £ aux conducteurs pour remplacer des véhicules non conformes aux nouvelles normes, a pris fin en 2022 ; la subvention gouvernementale « Plug-in Taxi Grant » de 7 500 £ disparaitra elle début avril 2026. Cela signifie que depuis 2017, le soutien financier disponible pour acheter un nouveau taxi est passée de 17 500 pounds à rien du tout. De nombreux chauffeurs préfèrent une reconversion professionnelle.

A cela il faut ajouter l’impitoyable examen “The Knowledge” qui nécessite plus de 4 ans pour obtenir le macaron officielBlack Cab”. Ceci explique aussi, le dramatique taux d’abandon des apprentis chauffeurs qui s’élevait en 2025 à 66% ainsi que la diminution considérable du nombre de black cabs dans les rues.

Bien sûr, le développement exponentiel des opérateurs basés sur des applications — tels qu’Uber, Bolt et Free Now — a irrémédiablement impacté (et réduit) l’activité des traditionnels black cabs en leur retirant le monopole de la prise en charge dans la capitale. Ils sont effectivement plus de 106 000 chauffeurs de VTC (Véhicule de Transport avec Chauffeur) aujourd’hui à Londres. C'est une concurrence bien difficile à surmonter.

Alors cela peut paraitre futuriste mais la société Waymo qui fait déjà rouler plus de 2000 voitures sans chauffeur aux Etats Unis (principalement à San Francisco) prévoit de développer dans les années qui viennent une activité de "robotaxis" dans la capitale anglaise.

Ce n'est pas de la Science-Fiction. Ces services gérés par l'Intelligence Artificielle existent déjà en Chine, aux États-Unis et dans les Émirats. Des capteurs et des radars fixés sur le toit et sur la carrosserie des véhicules permettent de modéliser l’environnement en 3D sur un écran (trottoirs, autres voitures, passants, bâtiments, signalisation routière …). Certains modèles n’ont ni volant, ni pédales et peuvent régler la temperature intérieure, l’inclination des sièges, la musique... sur simple commande vocale du passager. Ils sont capables de vous réveiller à l’arrivée si vous vous êtes endormi(e) pendant la course après une soirée un peu trop alcoolisée. Et puis il n'y a aucun risque d'agression comme le craignent de nombreuses passagères aujourd'hui. Certes les constructeurs reconnaissent que certains logiciels peuvent déraper et conduire la voiture à tourner plusieurs heures sur elles-même avec le passager prisonnier à l’intérieur … (eeeek !) Mais c'est la confiance en la technologie moderne qui l'emporte au niveau mondial.

Uber entend commencer prochainement des tests "sans chauffeur" à Munich. La société croate Rimac se lance à Zagreb et à Barcelone. Et le chinois WeRide se prépare à s'installer en France.

interieur d'un robotaxi avec volant mais sans chauffeur

Il va donc falloir apprendre à faire confiance aux robots-ingénieurs qui sont censés réparer à distance les technologies gérées par l'IA.

Moi, comme bien d'autres, je ne me sens pas tout-à fait “ready” … Pour le moment je vais suivre les conseils de la RATP : Rentre Avec Tes Pieds !

Commentaires

- Règles de la communauté -

Publicité - Pour consulter le média sans publicité, inscrivez-vous





Publicité




Publicité - Pour consulter le média sans publicité, inscrivez-vous





Publicité