Publicité



Requiem pour un hamburger à l’égo “surdimensionné”

Requiem pour un hamburger à l’égo “surdimensionné”

Depuis quelques années, le hamburger réclame sa légitimité au sein de la Haute Gastronomie. Comment le roi de la restauration rapide s’est-il imposé dans les menus 5 étoiles du Guide Michelin pour finalement ne plus séduire grand monde ?

Francine Joyce
Membres Public

Il fut un temps où commander un burger était un acte simple, presque innocent. Un steak haché, du fromage, une sauce. Le bonheur à trois étages pour moins de 3 £. Aujourd'hui, deux options : ou bien l'option fast food restaurant où vous êtes confronté à un écran tactile sur un terminal de commandes à mille et une options (menu enfant ou adulte ? boeuf ou poulet ? avec ou sans frites ? boisson M, L ou XL ? mayo ou ketchup ? cornichon ou tomate ? glace ou cookie en dessert ? ...) ou bien vous poussez la porte d'une brasserie branchée de Mayfair, et on vous propose un "smash burger double wagyu, mayo au miso noir, cornichons lacto-fermentés et chips de peau de bœuf soufflée" - pour le prix exceptionnel de £22. Finalement vous préférez économiser sur le steak premium au jus de truffe blanche d'Alba et vous rentrez chez vous pour manger des pâtes.

L’homo-Gastronomicus d’aujourd’hui est fatigué de ces versions méconnaissables et hors de prix du classique "boeuf - cheddar – ketchup" qu’il a toujours apprécié sans se plaindre.

Pourtant, ces 10 dernières années, nos grands chefs, n’ont rien lâché pour garder les burgers sur leurs cartes. Dans un élan créatif admirable — et légèrement désespéré — ils ont TOUT tenté pour rendre ce banal Classique encore plus attractif. Le burger au homard. Le burger vegan avec steak de betterave fumée et "fromage" de cajou. Le burger coréen au kimchi. Le burger déstructuré (sans pain, servi dans un bol, ce qui techniquement... est une salade composée). Ils ont innové avec des “toppings” originaux : du gomasio, du beurre de noisette, de la poudre tandoori, des salsas maison, et une obsession mondiale pour le smash burger — une technique qui consiste à écraser violemment la viande sur une plaque brûlante.

créativité gastronomique

En fait, cette créativité culinaire s’est transformée en doux poison. À force de vouloir réinventer le burger, les restaurateurs ont finalement créé une “fatigue cognitive” chez leurs clients. Le consommateur moderne, confronté à un menu de douze burgers avec des noms farfelus et prétentieux (comme "Le Marie-Antoinette" avec de la brioche à la fleur d'oranger, "le Picasso" au jambon ibérique et fromage de brebis, le "Mélancolique Breton" à l'andouillette, "L'incompris de Belleville" steak d'agneau au chutney de figues entre 2 galettes de lentilles ), préfère finalement opter pour… le kebab d'à côté.

En France, nous avons longtemps résisté au burger américain avec un snobisme culinaire de bon aloi. Mais voilà une double peine s’est abattue sur le pays. Non seulement les français ont finalement capitulé devant le hamburger, mais en plus ce dernier coûte aujourd’hui plus cher qu'un confit de canard.

le burger classique, le seul qui tient la route

Oui, les prix des burgers ont grimpé de 14 % en 3 ans, en lien avec le coût du bœuf, qui s’est envolé lui, à plus de 32%. Et puis surtout, quand un chef français fait un burger, évidemment il met du foie gras dedans — parce que la honte doit au moins coûter €26.

Au pays du beurre blanc, de la béchamel et du soufflé au fromage (des plats qui demandent de la technique, de la patience et une âme) manger un burger c'est trahir 2 000 ans de civilisation culinaire en une seule bouchée. C’est faire pleurer Escoffier, Bocuse et Brillat-Savarin dans leur tombe.

Le pire ? Les Français ont non seulement adopté le burger, mais ils en sont devenus les champions d'Europe de la consommation, juste derrière les Américains. Notre nation, deuxième au top 50 des mangeurs de burgers ! La honte nationale ! Le pays le plus snob du monde en matière de gastronomie, champion d'Europe du burger ! Ca va finir dans les livres d'histoire.

A l’occasion du festival du burger – “The Burger Fest” - qui aura lieu à Londres du 12 au 14 juin, Français à Londres a donc choisi de partager son tour d’horizon des recettes de burgers parfois …trop inspirées.

Le Krispy Kreme Burger (États-Unis) où le pain est remplacé par deux donuts. Steak, bacon, fromage fondu... entre deux beignets. Servi avec une totale absence de honte.

Le Ramen Burger (New York City) Deux galettes de nouilles ramen compressées et frites. Topping : œuf mollet, algues nori, sauce soja.

Le Black Burger (Burger King Japon) Pain noir (à l’encre de seiche), sauce noire (à l’ail brûlé), fromage cendré. Esthétiquement très design. Psychologiquement perturbant.

Le Vegan au Jackfruit Fumé, Fromage de Cajou et Mayonnaise au Yuzu  (Londres),

Le Burger Homard et Caviar  (Hôtels de luxe, Londres) £45. Le homard glisse immédiatement hors du pain à la première bouchée. Vous le rattrapez sur la moquette avec les doigts devant des inconnus. L'élégance promise n'est pas au rendez-vous.

Et puis il y a ces concepts qui posent des questions existentielles :

Le "Texan" au Nutella & Bacon — Festival du street food de Berlin. Le sucré-salé poussé dans ses derniers retranchements.

Le Burger au Curry Thaï & Mangue — Pop-up Londres. Il sent divinement bon. Il est impossible à manger sans en projeter la moitié sur la chemise.

Le "Catwalk" Sans Viande, Sans Pain, Sans Fromage — Restaurant vegan ultra-radical. Deux feuilles de laitue, un steak de chou-fleur rôti, sauce tahini. £16. S'appelle quand même "burger" pour des raisons purement marketing.

Le "Pourquoi Pas" (mon prix special) : Ne contient aucun ingrédient reconnaissable.

Résultat, pour la première fois en 10 ans, la tendance burger commence à s’essouffler. Après avoir stagné en 2024, sa consommation a chuté en 2025 de 10% en volume, toutes enseignes confondues. Et c'est le produit en lui-même qui pose problème. La première explication de ce recul est la lassitude des consommateurs. Ils expliquent avoir fini par "faire le tour" du produit après plus d'une dizaine d'années à en manger régulièrement.

Aujourd’hui,” nous dit Max “on a envie de nouveaux produits et d'expériences inédites.”

Et effectivement depuis plusieurs mois, d'autres options ont silencieusement conquis les estomacs. Au Royaume-Uni, la cuisine chinoise et la pizza dominent désormais les préférences en livraison et en restaurant, dépassant le burger. Nando's (spécialiste du poulet grillé) cartonne. Les bowls de poké pullulent. Les "wraps" gagnent du terrain. Et le marché des protéines végétales, dont les ventes en Europe ont progressé de 35 %, grignote chaque jour un peu plus de parts de marché à la vache. À l'international, la dynamique est similaire. Les consommateurs, lassés et appauvris par l'inflation, se tournent vers des alternatives moins chères, plus légères, et surtout moins prétentieuses.

 La conclusion s'impose : un jour, à un moment, quelqu'un dans une cuisine a regardé son burger et s'est dit "il manque quelque chose". Ce quelqu'un avait tort.

Oh No !

Burger Festival

Juin 12 -14, Richmond Athletic Ground, Twickenham Road, TW9 2SF

Commentaires

- Règles de la communauté -

Publicité - Pour consulter le média sans publicité, inscrivez-vous





Publicité




Publicité - Pour consulter le média sans publicité, inscrivez-vous





Publicité