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St Martin in the Fields célèbre son tricentenaire
Une exposition, des festivités, des concerts exceptionnels et une rétrospective d'ampleur internationale, pour fêter cet été, trois cent ans de musique, de spiritualité et d'action sociale à Londres.
Au coeur de l’agitation et du bruit de Trafalgar Square, se dresse avec une sérénité presque provocante, l’église anglicane St Martin-in-the-Fields. Cette année, elle célèbre les 300 ans de son édifice actuel. Une belle occasion de revenir sur l'histoire d'un bâtiment religieux devenu institution musicale, sociale et spirituelle.
Depuis le XVIIIe siècle, l’église attire des musiciens et compositeurs de premier plan. Aujourd’hui, elle bénéficie d’une renommée mondiale. Depuis la création de l’Academy of St Martin in the Fields en 1958 par le violoniste et chef d’orchestre Sir Neville Marriner, l’ensemble a acquis une notoriété exceptionnelle. Tout d’abord avec des enregistrements du répertoire baroque et classique (notamment Vivaldi, Mozart et Bach) vite considérés comme références, et en 1984 celui de la bande originale du film Amadeus, récompensé aux Oscars. En 2026 l’Academy demeure l’un des ensembles les plus enregistrés de l’histoire de la musique classique.
Mais St Martin-in-the-Fields ne vit pas seulement de son glorieux passé. Depuis l’époque où le compositeur Georg Friedrich Haendel y interprétait des concertos pour orgue (dans les années 1740), l ’institution est restée l’un des lieux musicaux les plus dynamiques de la capitale. Son programme annuel comprend plus de 300 concerts, de la musique de chambre aux grandes œuvres chorales, mais aussi des récitals, des créations contemporaines et les célèbres concerts aux chandelles.

La vitalité de cette programmation s’accompagne d’un important engagement social, notamment auprès des sans-abris et des jeunes musiciens en début de carrière.
C’est James Gibbs, talentueux architecte écossais formé à Rome, qui a conçu la construction de l’édifice - un chef-d'œuvre néoclassique, avec un grand portique à colonnes corinthiennes surmonté d'un fronton majestueux. La caractéristique la plus remarquable du bâtiment est son élégant clocher, que Gibbs a choisi de placer directement au-dessus du toit plutôt qu'à l'extrémité ouest, comme le veut la tradition - un choix qui a bien sur, suscité quelques critiques à l'époque. La construction a débuté en 1722 et a duré 4 ans, pour un coût de 33 661 livres sterling — l'équivalent de plus de 5 millions de livres aujourd'hui.



photos F. Joyce
L'église a traversé les siècles en côtoyant les grands noms de l'histoire anglaise. Francis Bacon et le diariste Samuel Pepys y ont été baptisés, Nell Gwyn, la maîtresse du roi Charles II, y a été inhumée. Le service commémoratif d'Agatha Christie et de Vivien Leigh ont eu lieu ici. Georges Orwell y a passé une nuit ! La crypte abrite les dépouilles du peintre William Hogarth et du sculpteur Louis-François Roubiliac.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a servi d'abri anti-aérien pour les Londoniens cherchant refuge sous les bombes



photos F. Joyce
la crypte héberge depuis trente ans un café aux voûtes de brique d'origine. Ce sont d’anciennes pierres tombales qui forment le dallage. Le soir, la crypte devient une salle de spectacle pour des concerts de jazz, folk, soul et cabaret, ou des événements plus insolites comme des soirées disco silencieuses. Ses hauts plafonds voûtés constituent un décor à l'acoustique remarquable pour les concerts en direct.
Pour marquer dignement ses 300 ans, St Martin-in-the-Fields a conçu une année de festivités d'une ambition à la mesure de son histoire.



photos F. Joyce
L'église a annoncé une vaste saison automnale et hivernale exceptionnelle. Elle réunira des artistes de renommée mondiale, de nouvelles commissions, des programmes imaginatifs et des partenariats inédits. Entre autres, Le Monteverdi Choir, l'Academy of St Martin in the Fields, The Sixteen, Tenebrae, The English Concert ou encore Apollo's Fire pour célébrer trois siècles de patrimoine musical. Les temps forts incluent l'oratorio Theodora de Haendel avec Alice Coote, Iestyn Davies et Marie Lys, ainsi qu'une exécution de la Passion selon saint Matthieu de Bach dirigée par Masaaki Suzuki.
Une nouvelle exposition en accès libre est ouverte depuis le 23 juin dans l'église, pour présenter des objets rarement vus, des archives et des vestiges matériels de l'histoire londonienne.
A l’occasion de ce tricentenaire, St Martin in the Fields tient à rappeler ce qui fait sa singularité : être à la fois un monument, une salle de concert, un café, un refuge et une communauté — depuis trois cents ans .
