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Exposition “From the Shadows” : peintures théâtrales de Joseph Wright of Derby
Quand la lumière des sciences questionne la morale.
Jusqu’au 10 mai 2026 La National Gallery célèbre un peintre des lumières, figure majeure et ‘brûlante”de l’art britannique du 18è pourtant longtemps resté dans l’ombre : Joseph Wright of Derby. Elle expose ses peintures “à la chandelle” qui résonnent de manière bouleversante avec notre monde contemporain, avec nos doutes actuels, avec notre besoin de préparer l’avenir et avec nos inquiétudes face au “progrés” (à l’époque l’électricité et l’industrialisation ; aujourd’hui l’IA, les dérives bio-éthiques, les algorythmes, les armes chimiques …).

Joseph Wright of Derby est un peintre anglais né à Derby (d’où son surnom). Romantique avant l’heure, il est célèbre pour son usage spectaculaire du clair-obscur, ses scènes nocturnes éclairées à la bougie ou au feu comme “The Forge” ou “A Philosopher Giving a Lecture on the Orrery”,



photos F. Joyce
Les fonds sombres contrastent avec les éclats lumineux des flammes, des tissus satinés et des reflets sur la peau. C’est visuellement impressionnant. La lumière dorée ajoute à des sujets pourtant scientifiques et modernes, une valeur dramatique, presque sacrée voire baroque à la manière de Caravage.
Joseph Wright of Derby est avant tout le premier peintre à avoir représenté la science expérimentale et la technologie comme sujets nobles. Il peint des expériences, des laboratoires, des alchimistes, des forges, des machines… mais aussi des portraits d'industriels de cette époque de transition qui le fascine (Wedgewood par exemple). Nombreuses de ses toiles montrent l’expérimentation comme un spectacle à la fois intellectuel et émotionnel.
Dans “L’Expérience sur un oiseau dans une pompe à air” (1768) la scène représente une expérience sur un oiseau qui s'asphyxie dans une pompe à air devant une dizaine de spectateurs partagés entre des sentiments de curiosité, d’horreur, d’admiration et d’inquiétude.

C’est très théâtral, mélodramatique, mystérieux aussi. Et nous aussi, nous sommes les témoins complices de ce qui se passe dans l’intimité de cette maison bourgeoise. La science devenue spectacle “at home”… Comme tous les acteurs de cette scène, nous voyons nous aussi l’homme face à son pouvoir sur la vie. Dieu n’est pas présent dans ce tableau … mais l’homme moderne n’essaye-t-il pas ici de prendre un peu sa place ? Au centre de la pièce, un père de famille tente de rassurer et d’encourager son entourage, à affronter la dure réalité : la science s’enrichit grâce à des expériences pouvant entraîner la mort. Wright utilise la lumière comme symbole de modernité et d’optimisme, et par opposition, l’obscurité comme symbole de l’ignorance et de la morale.
Ces peintures questionnent notre rôle de spectateur, notre prétention à nous prendre pour des dieux sur terre… quelles que soient les conséquences et le malaise éthique qui peuvent découler de nos actions. Les personnages de ces tableaux sont partagés par des sentiments contradictoires – (il y a même deux amoureux qui regardent ailleurs et s’en moquent complètement !) - exactement comme nos débats contemporains sur l’innovation.



photos F. Joyce
Il y a plusieurs siècles, Wright posait déjà les questions qui nous tourmentent aujourd’hui : qui comprend réellement le progrès ? et son impact sur notre planète ? Comment rester humains face à la recherche qui utilise par exemple l’expérimentation animale ? les manipulations génétiques ? Les reflexions du peintre sont bien plus idéologiques qu’il n’y parait.
“A Philosopher Giving a Lecture on the Orrery” est un exposé à l’aide d’un planétaire (orrery), pour expliquer le fonctionnement d’une éclipse.

le soleil – au cœur du dispositif – a été remplacé par la lumière artificielle d’une lampe. Les visages expriment la curiosité, voire l’émerveillement pour ce philosophe copernicien qui explique le fonctionnement du système solaire.
Cette fabuleuse exposition est un questionnement. Y allez pour simplement «voir des beaux tableaux» (certes d’une beauté saisissante et innovante ) serait passer à côté de la profonde richesse philosophique de Joseph Wright of Derby.

Jusqu'au 10 mai 2026
A la National Gallery - Trafalgar Square