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Le Longevity Summit de Londres : vivre plus longtemps, oui, mais surtout vivre mieux

Le Longevity Summit de Londres : vivre plus longtemps, oui, mais surtout vivre mieux

Le congrés médical qui redonne du sens à l'expression "bien vieillir" en regroupant les expertises des professionnels de santé. Reportage

Francine Joyce
Membres Public

Les 1er et 2 octobre, Londres accueillera pour la 4ème fois depuis 2022, le “Medical Longevity Summit,” au centre ExCeL. L'événement se présente dans le cadre du salon CCR comme un espace dédié aux professionnels de santé qui cherchent à promouvoir notre espérance de vie en meilleure santé. Ces deux jours intenses de conférences, d'ateliers, de démonstrations, d'innovations (médicales et technologiques), de débats souhaitent en lumière les grandes lignes de ces nouveaux “Longevity Programmes” qui nous concernent tous. Aujourd'hui, ils explorent des approches plus holistiques mais toujours fondées sur des preuves scientifiques. L'édition 2026 du Medical Longevity Summit de Londres entend se concentrer sur le concept d'« inside-out ageing » . Le but de cette approche est d’optimiser la santé métabolique pour vivre mieux et plus longtemps. Depuis sa création, ce sommet n'est pas un énième salon bien-être et de l'esthétique. Il est une tentative structurée de faire dialoguer médecins, dermatologues, oncologues, endocrinologues, généticiens, nutritionnistes et chirurgiens cosmétiques autour d'un même objectif : bâtir des parcours de soins collaboratifs et sûrs pour retarder le vieillissement biologique.

Ainsi, les 1 et 2 octobre derniers, l'accent sera mis sur les interventions cliniques fondées sur des preuves scientifiques : évaluation du vieillissement biologique par horloges épigénétiques, biomarqueurs de la réserve fonctionnelle des organes, protocoles nutritionnels personnalisés, thérapies régénératives, et surtout la construction de parcours pluridisciplinaires cohérents plutôt que de traitements isolés.

Parmi les conferences marquantes: "La Flexibilité Mitochondriale", "le rôle de l'IA dans le secteur de la médecine préventive", "Nutrition Métabolique", "Hyperbaric Oxygen Therapy et médecine régénérative", "GLP-1 et Vieillissement", "Stress Oxydatif et Dermatologie Japonaise", "Thérapies Métaboliques et Cancer", "Nutrition et Jeûne Intermittent", "L'avenir de la Santé Métabolique" et aussi des interventions sur la santé métabolique feminine - en particulier les enjeux hormonaux (péri-ménopause, ménopause) désormais reconnus comme centraux dans les stratégies de longévité.

Plus largement, la tendance de fond est aujourd’hui claire : on ne parle plus seulement de gagner des années de vie, mais de vieillir mieux, réduire l’incidence des maladies chroniques souvent invalidantes, maintenir autonomie et santé cognitive.

Le message le plus important de cet événement est de surtout bien differencier les trois notions d’espérance de vie, de viellissement et de “healthspan”.

Life expectancy (espérance de vie) mesure le nombre d'années qu'une personne peut espérer vivre, tous états de santé confondus. Healthspan (espérance de vie en bonne santé) mesure, elle, le nombre d'années vécues sans maladie chronique invalidante, sans perte d'autonomie majeure. Entre les deux se glisse le vieillissement biologique, qui n'a rien d'un simple compteur d'années. Deux personnes du même âge civil peuvent avoir un âge biologique très différent selon leur degrés d’inflammation chronique, leur masse musculaire et osseuse, leur santé métabolique ou leur niveau de stress oxydatif. C'est cet écart entre âge chronologique et âge biologique que la médecine de la longévité cherche à mesurer et à réduire.

Or cet écart (entre life expectancy et healthspan) est devenu criant dans les pays riches, et c'est cela qui alimente l'inquiétude collective.

Ce n'est pas un hasard si la longévité est devenue un sujet grand public ces dernières années. Beaucoup ont vu leurs parents ou leurs grands-parents terminer leur vie en Ehpad, dans des états de dépendance lourde — perte de mobilité, de mémoire, d'autonomie pour les gestes du quotidien — parfois pendant de longues années. Cette expérience, vécue par toute une génération d'aidants familiaux, a changé la manière dont on pense sa propre vieillesse. L'objectif aujourd’hui a change. Il n'est plus de gagner des années de vie à tout prix, mais de repousser le plus tard possible la période de dépendance, pour rester actif, autonome et en bonne santé le plus longtemps possible.

La diététique occupera à nouveau une place centrale du Sommet. La nutrition agit en effet sur pratiquement tous les leviers du vieillissement à la fois : inflammation chronique de bas grade, résistance à l'insuline, masse musculaire, santé cardiovasculaire, microbiote, et même santé mentale. Une équipe de longévité efficace n'est plus seulement composée de médecins d’endocrinologues et de physiciens : elle inclut systématiquement une nutritionniste, capable d'ajuster l'apport en protéines pour préserver la masse musculaire, de travailler la qualité des graisses pour la santé cardiaque, ou d'orienter vers des stratégies spécifiques à chacun. C'est aussi via l'alimentation qu'on agit sur la glycémie et l'inflammation, deux moteurs majeurs du vieillissement accéléré.

Les principaux élément sur lesquels les conférences scientifiques du CCR 2026 vont insister :

La peau qui est en effet, le premier organe visible du vieillissement. Elle reflète aussi l'état inflammatoire général du corps.

Les approches actuelles combinent soins topiques, protection contre le stress oxydatif et, de plus en plus, des interventions systémiques (nutrition, sommeil) plutôt que le seul geste esthétique.

Les maladies cardiovasculaires sont elles la première cause de mortalité évitable dans le monde. Le contrôle de la tension, du cholestérol, de l'inflammation vasculaire et de l'activité physique cardio sont donc au cœur des protocoles de prévention.

La sarcopénie (perte de masse musculaire) et l'ostéoporose sont eux deux des principaux facteurs de perte d'autonomie chez les personnes âgées. Le renforcement musculaire, l'apport protéique et la vitamine D sont désormais considérés comme des piliers de prévention aussi importants que n'importe quel traitement.

Le stress chronique, bien sûr et toujours accélère le vieillissement cellulaire, via le cortisol et l'inflammation qu'il entretient. Sa gestion - sommeil, respiration, activité physique, lien social- fait partie intégrante des protocoles de longévité, au même titre que la nutrition.

Les maladies chroniques : diabète de type 2, hypertension, maladies cardiovasculaires, certains cancers... L'enjeu n'est pas de les guérir une fois installées, mais de repérer très en amont les biomarqueurs qui annoncent leur apparition, pour intervenir des années, voire des décennies, avant les premiers symptômes.

Ce sont les chiffres qui expliquent l'urgence

Au Royaume-Uni, la situation inquiète particulièrement les autorités sanitaires. L'espérance de vie à la naissance était de 82,6 ans pour les femmes et 78,6 ans pour les hommes sur la période 2020-2022. Mais l'espérance de vie en bonne santé n'atteindrait aujourd’hui que 60,9 ans pour les femmes et 60,7 ans pour les hommes. Le Royaume-Uni fait partie des rares pays à revenu élevé où l'espérance de vie en bonne santé a reculé entre 2011 et 2021. Seuls les États-Unis affichent aujourd'hui un chiffre plus bas. Concrètement, cela signifie qu'un Britannique passe en moyenne près de vingt ans de sa vie en mauvaise santé, souvent en fin de vie.

En France, le tableau est un peu plus favorable mais suit la même logique. L'espérance de vie à la naissance atteint 85,6 ans pour les femmes et 80 ans pour les hommes, un niveau historiquement élevé. L'espérance de vie en bonne santé, elle, s'établit à 64,4 ans en moyenne (63,7 ans pour les hommes, 65,2 ans pour les femmes), plaçant la France parmi les meilleurs élèves européens. L'écart entre les deux, environ vingt ans également, montre qu'en France comme au Royaume-Uni, la dernière partie de la vie reste, pour la majorité des gens, marquée par la maladie chronique ou la perte d'autonomie.

À l'échelle mondiale, l'enjeu est encore plus massif. Selon l'OMS, les maladies non transmissibles (maladies cardiovasculaires, cancers, maladies respiratoires chroniques, diabète) représentent 74 % de l'ensemble des décès dans le monde, soit 41 millions de personnes chaque année. 86 % des décès prématurés surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. L'espérance de vie mondiale est revenue en 2023 à son niveau d'avant la pandémie, avec 76,3 ans pour les femmes et 71,5 ans pour les hommes, mais cette progression profite d'abord à la longévité brute, beaucoup moins au nombre d'années vécues en bonne santé. Signe encourageant tout de même : l'OMS estime que 1,4 milliard de personnes supplémentaires vivaient en meilleure santé fin 2024. Ce progrès est attribué notamment à la baisse du tabagisme et à l'amélioration de la qualité de l'air.

Derrière ces statistiques se cache un changement de paradigme : la médecine de la longévité ne cherche plus seulement à ajouter des années à la vie, mais à ajouter de la vie aux années. C'est tout l'enjeu d'un rendez-vous comme le Longevity Summit de Londres : réunir en un même lieu les disciplines qui, ensemble, peuvent retarder le moment où la maladie chronique s'installe — et redonner un sens concret à l'expression « bien vieillir ».

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