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Un poste de contrôle frontalier avec les drapeaux britannique et européen flottant côte à côte.
Illustration générée par IA

Libre circulation UE-UK : les discussions relancées

Londres et Bruxelles discutent d'un possible retour à la libre circulation. Andy Burnham veut un débat franc. Ce que cela changerait pour les Français au UK.

Jérémie Raude-Leroy
Membres Public

En bref

  • Des responsables britanniques et européens doivent discuter prochainement d'options pour l'avenir de la relation UK-UE, dont la libre circulation, avant le sommet du 20 novembre 2026 à Bruxelles.
  • Le Premier ministre britannique Andy Burnham a réclamé, le 25 octobre 2026, une « discussion honnête » sur un éventuel retour aux règles de libre circulation de l'UE.
  • Downing Street insiste toutefois sur le fait que la priorité reste des accords ciblés (alimentation, mobilité des jeunes) et non un bouleversement du cadre post-Brexit.
  • Ces discussions s'inscrivent dans un rapprochement plus large avec l'UE, incluant une proposition franco-allemande d'inclure le Royaume-Uni dans les règles « made in Europe ».

Et si la libre circulation entre le Royaume-Uni et l'Union européenne redevenait un sujet de négociation sérieux ? C'est en tout cas la question qui agite Westminster et Bruxelles à l'approche du sommet UK-UE prévu le 20 novembre 2026. Entre la sortie remarquée du Premier ministre Andy Burnham et un contexte de rapprochement commercial inédit depuis le Brexit, francaisalondres.com fait le point sur ce que cela pourrait signifier, concrètement, pour les Français et francophones installés au Royaume-Uni.

Ce que révèlent les discussions UK-UE

Selon des informations rapportées par la BBC, des responsables britanniques et européens doivent entamer des discussions sur un éventail d'options concernant l'avenir de la relation entre le Royaume-Uni et l'UE, et ce avant le sommet prévu le 20 novembre 2026 à Bruxelles. Parmi les sujets évoqués figure la question sensible de la libre circulation des personnes. C'est le secrétaire d'État au Commerce et à l'Industrie, Jonathan Reynolds, qui a confirmé l'existence de ces échanges auprès de la BBC, tout en précisant qu'aucune « hypothèse » n'avait encore été actée sur la forme que pourrait prendre la future relation entre Londres et Bruxelles.

Downing Street a néanmoins tenu à tempérer les attentes : la priorité affichée du gouvernement pour le sommet de novembre reste la conclusion d'accords plus ciblés, notamment dans le domaine alimentaire et sur un dispositif de mobilité des jeunes (le fameux « youth mobility scheme »), plutôt qu'une refonte globale du cadre post-Brexit. D'après The Guardian, ce schéma de mobilité des jeunes soulève déjà plusieurs questions techniques et politiques : quotas de visas, frais de scolarité pour les étudiants européens, ou encore répercussions sur la fréquentation du NHS, le système de santé public britannique. Le sujet reste donc hautement sensible politiquement pour un gouvernement qui marche sur des œufs depuis le référendum de 2016.

Andy Burnham monte au créneau

C'est dans ce contexte qu'Andy Burnham, Premier ministre britannique depuis son élection à la tête du Parti travailliste en juillet 2026 — il est le huitième chef de gouvernement travailliste du pays —, a créé la surprise. Le 25 octobre 2026, dans un entretien accordé au Sunday Times et relayé par Euronews, il s'est dit prêt à envisager un retour aux règles de libre circulation de l'Union européenne, et a appelé à une « discussion honnête » sur la manière dont l'immigration a évolué au Royaume-Uni depuis le Brexit.

Burnham a notamment estimé que l'immigration post-Brexit était « différente » de celle qui prévalait du temps de la libre circulation européenne : « C'était un type d'immigration qui n'était peut-être pas aussi difficile qu'aujourd'hui », a-t-il déclaré, évoquant une immigration « de va-et-vient » plus souple à l'époque où les citoyens européens pouvaient circuler librement. Il est allé jusqu'à évoquer, de façon plus spéculative, l'idée que le Royaume-Uni pourrait un jour demander à rejoindre de nouveau l'UE — une déclaration qui a fait grand bruit au sein de son propre camp. Car si Burnham a promis de présenter plusieurs options de rapprochement avec l'Europe avant le sommet de Bruxelles, le gouvernement a été clair sur un point : tout changement majeur dans la relation UK-UE nécessiterait un mandat obtenu lors d'une élection générale, prévue au plus tard en 2029. Rappelons que la question migratoire avait été l'un des moteurs principaux du vote en faveur du Brexit lors du référendum de 2016, scrutin déclenché à l'époque par les conservateurs. Un sujet que nous avions détaillé dans notre article sur le bilan du Brexit cinq ans après.

Un contexte de rapprochement plus large avec l'UE

Cette ouverture sur la libre circulation ne survient pas isolément. Elle s'inscrit dans une dynamique plus vaste de réchauffement des relations entre Londres et Bruxelles, amorcée sur le terrain économique. Ainsi, selon BFM TV, la France a opéré un changement de position notable en plaidant pour que le Royaume-Uni bénéficie des aides industrielles prévues dans le cadre du programme européen « made in Europe », avec une révision envisagée du projet de loi « Industrial Accelerator Act ». Une proposition conjointe franco-allemande qui a permis de désamorcer un point de friction commercial important entre les deux rives de la Manche.

Ce mouvement de rapprochement n'est pas propre au Royaume-Uni : l'Union européenne explore en parallèle de nouveaux types de partenariats avec d'autres pays tiers. L'UE a ainsi proposé au Canada, pour la première fois, un statut de « membre associé », dont les contours restent encore flous mais qui doit être précisé lors d'un sommet à Montréal. Londres suit cette expérimentation de très près : selon un article publié fin octobre 2026, le Premier ministre Andy Burnham chercherait, à travers ces discussions, à savoir si un dispositif comparable pourrait un jour être envisagé pour le Royaume-Uni — même si, à la différence du Canada, Londres dispose déjà d'un cadre post-Brexit établi qu'il s'agit avant tout d'améliorer plutôt que de réinventer entièrement.

Un passeport français posé à côté de documents administratifs britanniques, symbole du statut des résidents européens.
Photo : Jon Evans / Wikimedia Commons, CC BY 2.0

Ce que cela changerait pour les Français au Royaume-Uni

Pour l'ensemble des Français et francophones installés au Royaume-Uni, ces discussions ne sont pas qu'un débat abstrait entre diplomates. Elles touchent directement au quotidien de milliers de ressortissants européens.

Rappelons le cadre actuel : depuis le Brexit, les citoyens français ayant résidé au Royaume-Uni avant le 30 juin 2021 bénéficient du « settled status » (statut de résident permanent), tandis que tout nouvel arrivant doit désormais obtenir un visa de travail, souvent conditionné à une offre d'emploi sponsorisée par un employeur britannique, comme le rappelle le site du consulat de France à Londres. Un retour, même partiel, à la libre circulation changerait radicalement la donne pour les jeunes diplômés, les étudiants et les travailleurs qualifiés souhaitant s'installer outre-Manche sans passer par le parcours du combattant administratif actuel.

Le dispositif de mobilité des jeunes actuellement discuté pourrait constituer une première étape concrète : il viserait à faciliter les séjours temporaires de travail et d'études pour les jeunes Européens, sans pour autant rétablir une libre circulation complète. Pour les familles françaises installées au Royaume-Uni, ces questions de visas et de droit de séjour se posent aussi très concrètement au quotidien, qu'il s'agisse de démarches administratives ou d'accompagnement juridique — à ce titre, les professionnels référencés dans notre annuaire d'avocats bilingues spécialisés en droit de la famille accompagnent régulièrement des Français confrontés à ces enjeux post-Brexit.

Les obstacles politiques à surmonter

Malgré ces signaux d'ouverture, le chemin vers un retour, même partiel, à la libre circulation reste semé d'embûches politiques. Le Premier ministre Burnham lui-même a dû rappeler qu'aucun changement majeur ne pourrait intervenir sans un mandat électoral clair, la prochaine élection générale britannique étant prévue au plus tard en 2029. Cette prudence traduit une réalité politique tenace : l'immigration demeure un sujet explosif à Westminster, et ce depuis le référendum de 2016.

Au sein même du gouvernement travailliste, la déclaration de Burnham a suscité des remous, certains y voyant une prise de risque politique majeure dans un contexte où l'opinion publique britannique reste divisée sur la question migratoire. Les tensions sociales et économiques actuelles — illustrées par exemple par les récentes mobilisations des jeunes médecins du NHS, dont la charge de travail est souvent évoquée dans les débats sur l'immigration et les services publics — nourrissent un climat où toute évolution sur ce dossier doit être maniée avec précaution par l'exécutif britannique. Reste que la multiplication des signaux de rapprochement, du commerce à la mobilité des jeunes, laisse penser que le sommet UK-UE du 20 novembre 2026 pourrait marquer une étape significative, sans toutefois déboucher immédiatement sur une refonte complète du cadre migratoire post-Brexit.

En attendant d'y voir plus clair, les Français installés au Royaume-Uni peuvent continuer à s'appuyer sur les ressources locales de la communauté, qu'il s'agisse de démarches administratives, de santé ou de vie quotidienne.

Sources

Participez !

Qu'en pensez-vous ? N'hésitez pas à partager votre expérience et votre avis dans les commentaires ci-dessous. Seriez-vous favorable à un retour de la libre circulation entre le Royaume-Uni et l'UE ? Comment vivez-vous, au quotidien, les restrictions de mobilité imposées depuis le Brexit ?

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