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Reform UK et les 72 M£ de dons : la loi en cause

Reform UK et les 72 M£ de dons : la loi en cause

Deux dons de 36 M£ de milliardaires crypto à Reform UK relancent le débat sur le financement politique au Royaume-Uni. Décryptage.

Jérémie Raude-Leroy
Membres Public

En bref

  • Reform UK a reçu 72 millions de livres en deux dons de 36 M£ chacun, versés par les milliardaires de la cryptomonnaie Ben Delo et Christopher Harborne les 11 et 12 septembre 2026.
  • Robert Jenrick assure que ces dons sont « entièrement conformes à la loi », actuelle et future.
  • Angela Rayner évoque une possible législation rétroactive pour encadrer les dons des Britanniques expatriés.
  • L'affaire s'ajoute à une série de polémiques : don de 5 M£ non déclaré, dons via Richard Tice et enquête undercover de Channel 4 News début septembre 2026.

En l'espace de deux jours, Reform UK a empoché la plus grosse somme jamais versée à un parti politique britannique par des donateurs privés. Ce raz-de-marée financier, salué par Nigel Farage comme un signe de confiance, embarrasse en réalité son parti déjà englué dans plusieurs scandales de financement, et pousse le gouvernement travailliste à envisager une réforme législative aux effets potentiellement rétroactifs. Pour les Français et francophones installés au Royaume-Uni, cette affaire illustre à quel point l'argent façonne désormais la course vers les élections générales de 2029.

Deux dons de 36 M£ en 48 heures : ce qu'il faut savoir

Selon la BBC, Reform UK a reçu vendredi 11 septembre 2026 un don de 36 millions de livres de la part de Ben Delo, rapidement égalé le lendemain par Christopher Harborne, déjà connu comme le principal bailleur de fonds du parti de Nigel Farage. Au total, 72 millions de livres ont ainsi rejoint les caisses du parti en moins de 48 heures — une somme qui dépasse, à elle seule, les montants reçus l'année précédente par l'ensemble des autres partis politiques britanniques réunis, selon plusieurs médias français ayant relayé l'information, dont Le Monde et Le Parisien. Ces versements interviennent alors que Reform UK continue sa percée dans les sondages, comme nous l'expliquions dans notre article sur les élections locales 2026 et le triomphe de Reform UK face à Labour.

Qui sont Ben Delo et Christopher Harborne, les deux donateurs ?

Les deux hommes ont bâti leur fortune dans l'univers des cryptomonnaies, décrits par la BBC comme des « milliardaires de la crypto ». Christopher Harborne, résidant en Thaïlande, est déjà le plus gros donateur historique de Reform UK ; il avait notamment versé 5 millions de livres à titre personnel à Nigel Farage, un don qui fait aujourd'hui l'objet d'une enquête du gendarme parlementaire des standards après que le leader du parti a omis de le déclarer dans son registre d'intérêts, selon ITV News. Ben Delo, cofondateur de la plateforme d'échange crypto BitMEX, vivait quant à lui jusqu'à récemment à Hong Kong avant de rentrer s'installer au Royaume-Uni — un retour que Robert Jenrick présente comme une manière, pour l'intéressé, de se mettre en conformité avec la future législation sur les dons des expatriés britanniques.

Dans une tribune publiée dans le Daily Telegraph et relayée par Le Parisien, Ben Delo justifie son geste comme un « cadeau philanthropique à notre pays », destiné à aider Reform UK à se préparer à gouverner. Christopher Harborne a tenu des propos similaires, évoquant la nécessité d'assurer au parti un budget stable jusqu'aux élections générales de 2029.

Pourquoi ces dons soulèvent-ils des questions légales ?

C'est là que le dossier se complique. Selon une enquête de The Observer, ces dons pourraient tomber sous le coup d'une nouvelle loi actuellement examinée à la Chambre des Lords, qui viserait à plafonner à 100 000 livres les contributions politiques des citoyens britanniques résidant à l'étranger, avec un effet rétroactif fixé au 25 mars 2026. Or Christopher Harborne vit en Thaïlande et Ben Delo a longtemps résidé à Hong Kong — deux profils qui correspondent précisément à la catégorie de donateurs que le gouvernement souhaite encadrer plus strictement.

Sky News rapporte que les Lords doivent débattre prochainement de ces amendements, dans un climat de tension politique alimenté par l'ampleur inédite des sommes en jeu. La question centrale reste : la loi actuelle, en vigueur au moment des versements, autorise-t-elle ce type de dons, ou bien la future législation pourra-t-elle s'appliquer de manière rétroactive pour en exiger la restitution ?

La réaction du gouvernement : vers une loi rétroactive ?

Face à la polémique, la ministre du Logement Angela Rayner a averti, selon The Independent, qu'une application rétroactive de la loi électorale pourrait être envisagée pour empêcher Reform UK de conserver l'intégralité de ces 72 millions de livres. Le gouvernement travailliste, sous la houlette d'Andy Burnham selon certains suivis politiques, travaille à un texte destiné à encadrer plus strictement les « méga-donateurs », qu'ils soient basés au Royaume-Uni ou à l'étranger.

Le calendrier reste flou, mais le débat à la Chambre des Lords est présenté comme imminent par plusieurs médias britanniques. Cette bataille législative s'inscrit dans un contexte économique déjà tendu au Royaume-Uni, comme le rappelle notre article sur l'UK en alerte récession, entre économie, taxes et turbulences politiques : chaque décision fiscale ou législative prend une résonance particulière alors que le gouvernement cherche à restaurer sa crédibilité.

Reform UK sur la défensive : « Je ne peux pas être acheté »

Du côté de Reform UK, la ligne de défense est claire. Robert Jenrick, porte-parole économique du parti, s'est dit « très confiant » dans la légalité des dons, affirmant à la BBC que « ces deux dons sont entièrement conformes à la loi actuelle et, à notre connaissance, à la loi future ». Nigel Farage, lui, a choisi la théâtralité lors de la conférence annuelle du parti à Birmingham début septembre 2026, lançant à ses militants un retentissant « Je ne peux pas être acheté », rapporté par The Guardian.

Mais le contexte ne joue pas en sa faveur. Cette déclaration intervenait quelques jours après une enquête undercover de Channel 4 News, dans laquelle le leader de Reform UK et deux de ses proches collaborateurs, MM. Jukes et Orr, ont été filmés en train d'évoquer, apparemment sans gêne, de nouveaux dons étrangers tenus secrets. L'affaire s'ajoute à celle, révélée fin juillet 2026, du don personnel de 5 millions de livres non déclaré et des versements passés par l'intermédiaire de Richard Tice, comme le détaillait The Guardian. France 24 évoquait déjà, début septembre, un parti « secoué par une nouvelle affaire de dons », lors de laquelle Jordan Bardella, président du Rassemblement national, était venu apporter son soutien public à Nigel Farage à Birmingham, comme le rapportait France 24. Ce contexte fragilise durablement la crédibilité du parti, qui traverse par ailleurs une période de recomposition profonde du paysage politique britannique, comme nous le rappelions dans notre article sur la déroute des conservateurs britanniques face à la menace Reform UK.

Ce que cela signifie pour la démocratie britannique

Au-delà des aspects juridiques, cette affaire pose une question de fond : que représentent 72 millions de livres versées en 48 heures, dans un système démocratique où le pouvoir de l'argent inquiète de plus en plus ? Selon l'institut BMG Research, Reform UK est désormais crédité de 35 % des intentions de vote, un record historique, plus du double de son score aux élections générales de 2024. Une telle avance électorale, combinée à une capacité de financement sans précédent, change fondamentalement l'équilibre du jeu politique britannique.

Des voix syndicales, à l'image de Sharon Graham, secrétaire générale d'Unite, ont mis en garde contre cette dérive, affirmant qu'il fallait « s'assurer que notre démocratie ne puisse pas être achetée ». Si le TUC en tant que confédération n'a pas formulé de déclaration officielle identique à ce stade, l'inquiétude exprimée par le mouvement syndical britannique dans son ensemble traduit un malaise croissant face à la place prise par les grandes fortunes — souvent issues de la cryptomonnaie ou basées à l'étranger — dans le financement des partis politiques.

Pour les Français vivant au Royaume-Uni, cette affaire illustre aussi les subtilités du droit électoral britannique, très différent du système français en matière de plafonnement des dons. Vous pouvez visionner un décryptage complet sur pourquoi ce don record de 72 millions de livres change la donne pour Reform UK, ou suivre les développements de l'enquête policière évoquée par France 24 English sur les investigations autour de ce don.

Sources

Participez !

Qu'en pensez-vous ? N'hésitez pas à partager votre expérience et votre avis dans les commentaires ci-dessous. Cette affaire des 72 millions de livres change-t-elle votre perception de Reform UK et, plus largement, du système de financement politique britannique ?

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