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Franco-British Conference 2026 : place à l'exécution

Franco-British Conference 2026 : place à l'exécution

Réunis à Londres le 10 juin 2026, plus de 250 dirigeants franco-britanniques ont conclu que le vrai défi n'est plus la stratégie, mais l'exécution concrète.

Jérémie Raude-Leroy
Membres Public

En bref

  • La Franco-British Business Conference 2026 s'est tenue le 10 juin 2026 à Londres, réunissant plus de 250 dirigeants d'entreprises, décideurs politiques et experts des deux pays.
  • Diagnostic central : l'alignement stratégique entre le Royaume-Uni et la France est acquis — le vrai défi est désormais de passer à la livraison concrète, sur l'énergie, la défense et l'IA.
  • Cinq conclusions clés ont émergé : primauté de l'exécution sur la stratégie, importance stratégique des infrastructures, convergence sécurité/compétitivité, difficulté à scaler l'innovation européenne, et nécessité du partenariat franco-britannique.
  • Simone Rossi (EDF UK) et Emmanuelle Bury-Lucas (Chambre Française de Grande-Bretagne) ont été parmi les voix marquantes d'une journée résolument tournée vers l'action.

Le 10 juin 2026, au Chicago Booth London Conference Centre, l'élite économique et politique franco-britannique s'est retrouvée pour une journée de débats dense et exigeante. Dans un monde marqué par l'instabilité géopolitique, la volatilité énergétique et la disruption technologique, le message de la Franco-British Business Conference 2026 était sans ambiguïté : UK et France ne manquent pas de vision commune, mais peinent à transformer cette vision en réalisations concrètes. L'heure n'est plus aux déclarations d'intention — elle est à l'exécution.

Un sommet de haut vol dans un monde sous tension

Comme nous vous le présentions en amont dans notre article sur la Franco-British Business Conference 2026, cet événement s'est imposé comme le rendez-vous incontournable du dialogue économique entre les deux rives de la Manche. Cette édition 2026 — qui s'inscrit dans la continuité des précédentes conférences organisées par la French Chamber of Great Britain — a rassemblé plus de 250 dirigeants seniors, investisseurs et hauts fonctionnaires des deux pays.

La journée a débuté par une allocution de bienvenue de Sébastien Joly, Directeur général de la Chambre Française de Grande-Bretagne, suivie des discours d'ouverture d'Emmanuelle Bury-Lucas, Présidente de la Chambre, et de deux figures institutionnelles majeures : Son Excellence Hélène Duchêne, ambassadrice de France au Royaume-Uni depuis octobre 2022, et Sir Chris Bryant, Minister of State for Trade Policy au Department for Business and Trade depuis septembre 2025. La présence de ces deux personnalités au plus haut niveau diplomatique et gouvernemental a d'emblée signalé l'importance que les deux États accordent à cette relation bilatérale.

Le contexte était, lui, tout sauf rassurant : chocs d'approvisionnement répétés, volatilité persistante des prix de l'énergie, montée des dépenses de défense en Europe, et accélération d'une transformation technologique que les institutions peinent à suivre. C'est dans cette atmosphère de tension productive que se sont articulées les discussions de la journée.

Le constat principal : l'ambition ne suffit plus

Le fil rouge de la conférence peut se résumer en une phrase, martelée panel après panel : le Royaume-Uni et la France savent ce qu'ils doivent faire — ils ne savent pas encore le faire assez vite. Les participants ont unanimement identifié un même obstacle structurel : institutions, cadres réglementaires, systèmes de marchés publics et modèles de mise en œuvre n'ont pas évolué au même rythme que les défis géopolitiques et technologiques du moment.

Emmanuelle Bury-Lucas a résumé avec clarté la philosophie de la conférence : « La souveraineté ne signifie pas l'isolement. Elle signifie la capacité d'agir, d'investir et de mettre en œuvre avec des partenaires de confiance. Le monde évolue trop vite pour que l'un ou l'autre de nos pays réussisse seul. Notre force réside dans la combinaison de la souveraineté et du partenariat, de l'ambition et de l'exécution. » Un message qui résonne particulièrement dans le contexte post-Brexit, où la relation franco-britannique a dû se reconstruire sur des bases nouvelles.

La Chambre Française de Grande-Bretagne joue ici un rôle de pont essentiel entre les milieux d'affaires des deux pays — et cette conférence en est l'illustration la plus aboutie.

Énergie : l'électrification comme nouvelle boussole industrielle

La session consacrée à l'énergie a révélé un glissement sémantique et stratégique important : la question n'est plus seulement de savoir comment produire de l'énergie propre, mais comment la livrer de manière fiable, abordable et à grande échelle. La capacité du réseau électrique est apparue, selon les sondages réalisés en salle, comme la principale contrainte à la compétitivité industrielle — devant les coûts de production eux-mêmes.

Les intervenants ont insisté sur un point souvent négligé dans les débats publics : l'électrification — entendue comme l'intégration systémique de l'électricité dans l'ensemble des processus industriels et domestiques — est en train de supplanter les seuls objectifs de décarbonisation comme boussole pratique de la politique énergétique. Compétitivité, sécurité d'approvisionnement et croissance industrielle convergent désormais vers ce même impératif.

C'est dans ce contexte que l'intervention de Simone Rossi, Directeur général d'EDF UK (poste qu'il occupe depuis novembre 2017), a particulièrement retenu l'attention. S'appuyant sur l'expérience d'EDF dans la livraison de grands projets d'infrastructure nucléaire au Royaume-Uni, il a mis en avant quatre conditions sine qua non pour réussir : la montée en compétences de la main-d'œuvre, la construction modulaire, le développement des chaînes d'approvisionnement locales, et une réglementation proportionnée à l'urgence stratégique. Un message qui fait écho aux débats autour de Hinkley Point C et du futur projet Sizewell C.

Défense : combler le fossé entre intention politique et réalité industrielle

La table ronde sur la défense a mis en lumière une tension familière mais aggravée : celle entre l'ambition politique des gouvernements — qui ont massivement augmenté leurs budgets de défense depuis l'invasion russe de l'Ukraine — et la capacité réelle de l'industrie à suivre le rythme.

Les sondages réalisés auprès de l'audience ont été sans appel : la complexité des marchés publics et la fragmentation des chaînes d'approvisionnement sont les deux obstacles numéro un à la livraison industrielle en matière de défense. Les participants ont identifié plusieurs priorités pour la prochaine phase de coopération bilatérale : la rapidité de passation des marchés, l'interopérabilité des systèmes, l'intégration de logiciels et d'IA dans les équipements, le développement des capacités dans le domaine des drones, et — point crucial — une meilleure inclusion des PME dans l'écosystème de défense franco-britannique. Car aujourd'hui, les petites et moyennes entreprises, souvent les plus innovantes, se heurtent à des barrières d'entrée considérables dans ce secteur ultra-concentré.

IA : l'Europe innove, mais peine à déployer à grande échelle

La session sur l'intelligence artificielle a livré un diagnostic à la fois lucide et stimulant. Contrairement à un discours parfois catastrophiste sur le « retard » européen en matière d'IA, les participants ont refusé ce cadrage : l'Europe n'a pas de déficit d'innovation technologique. Elle souffre d'un déficit de déploiement opérationnel.

Près de la moitié des participants interrogés en salle ont désigné l'investissement dans les infrastructures — centres de données, puissance de calcul (compute), disponibilité énergétique — comme le levier prioritaire pour accélérer l'adoption de l'IA. Ce chiffre est parlant : il signifie que les entreprises ne se sentent pas limitées par le manque d'algorithmes ou de talents, mais par l'absence de socle matériel suffisant pour déployer ces technologies à l'échelle.

La conclusion rejoint celle de la session défense de manière frappante : l'enjeu européen n'est pas de créer davantage d'innovation, mais de savoir la commercialiser, la fabriquer et la déployer assez rapidement pour rester compétitif face aux États-Unis et à la Chine. C'est précisément sur ce terrain — le passage du laboratoire au marché — que la coopération franco-britannique peut apporter une valeur ajoutée concrète.

Sécurité et compétitivité : deux agendas qui ne font plus qu'un

L'un des apports intellectuels les plus significatifs de cette conférence a été la formalisation d'une thèse transversale : la convergence entre sécurité économique et compétitivité économique. Ce qui était jadis traité comme deux politiques séparées — l'une relevant des ministères de la défense et de l'intérieur, l'autre des ministères de l'économie et de l'industrie — est désormais inextricablement lié.

Réseaux électriques, centres de données, chaînes d'approvisionnement, capacités de production de défense, technologies critiques : tous ces actifs doivent aujourd'hui être considérés comme des actifs stratégiques nationaux, dont la résilience conditionne directement la compétitivité. Pour les entreprises françaises opérant au Royaume-Uni, ce changement de paradigme ouvre des perspectives concrètes : les secteurs de l'énergie, de la tech, de la défense et de l'industrie avancée vont bénéficier d'une attention politique et d'un soutien à l'investissement accrus des deux côtés de la Manche.

Ce que cela change pour les Franco-Britanniques au quotidien

Les professionnels français travaillant dans les secteurs de l'énergie, de la cybersécurité, de l'intelligence artificielle, de la défense ou de l'industrie avancée au Royaume-Uni se trouvent au cœur d'une dynamique de coopération bilatérale en pleine accélération. Les recrutements, les appels d'offres, les partenariats de R&D et les programmes d'investissement dans ces secteurs devraient se multiplier dans les mois à venir.

La Chambre Française de Grande-Bretagne, organisatrice de la conférence, entend d'ailleurs poursuivre ce travail de plaidoyer et de mise en réseau bien au-delà de la journée du 10 juin. Elle continuera d'utiliser les enseignements de la conférence pour alimenter son engagement auprès des décideurs politiques et ses programmes à destination des entreprises — un rôle de relais entre ambition politique et réalité business que la communauté francophone peut saisir directement, notamment via les événements réguliers qu'elle organise qui rassemble chaque année entrepreneurs, cadres et décideurs francophones à Londres.

Dans un monde où l'incertitude est devenue la norme, la prochaine phase de la relation franco-britannique sera jugée non sur la qualité de ses déclarations, mais sur la solidité de ses livraisons. Le compte à rebours a commencé.

Sources

Participez !

Travaillez-vous dans l'un des secteurs abordés lors de cette conférence — énergie, défense, IA, industrie avancée ? Ressentez-vous sur le terrain cet écart entre ambition et exécution dans la relation franco-britannique ? N'hésitez pas à partager votre expérience et votre avis dans les commentaires ci-dessous.

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