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Simpson's in the Strand : le petit-déjeuner anglais dans un monument de Londres
Fermée depuis 2020, l'institution de 1828 a rouvert en mars 2026 sous la houlette de Jeremy King. Son petit-déjeuner anglais, servi dans la salle édouardienne du Grand Divan, vaut à lui seul le détour.
Vous poussez la porte du 100 Strand, à deux pas de Covent Garden, et quelque chose s'arrête. Le bruit de la rue, d'abord. Puis le rythme. Dans la salle édouardienne du Grand Divan, sous les hauts plafonds et les lustres, un maître découpeur pousse un chariot d'argent entre les tables, comme on le fait ici depuis 1848.
On a le sentiment de voyager dans le temps, loin de l'agitation de la ville : le temps ralentit, et c'est étonnamment reposant.
Fermée depuis mars 2020, Simpson's in the Strand a rouvert ses portes en mars 2026. Et avec elle, une tradition disparue depuis 2017 : le petit-déjeuner.
Une maison de 1828, rouverte après six ans de silence
L'histoire commence en 1828, quand Samuel Reiss ouvre au 101-102 Strand un salon de café où l'on fume le cigare : le Grand Cigar Divan. On y vient pour le café, les journaux, les divans confortables — et surtout pour les échecs. L'adresse devient rapidement le cœur du jeu à Londres.
En 1848, Reiss s'associe au traiteur John Simpson, qui reconstruit les lieux et introduit une cuisine britannique généreuse. C'est à ce moment qu'apparaissent les fameux chariots de découpe en argent — inventés, raconte la maison, pour servir la viande sans déranger les joueurs d'échecs. Le détail dit à peu près tout de l'endroit.
La suite tient du roman anglais. En 1851, Adolf Anderssen y dispute la partie restée dans l'histoire sous le nom d'« Immortelle ». En 1862, le chef Thomas Davey impose que tout ce qui est servi soit britannique, et remplace jusqu'au mot « menu » par « Bill of Fare ». En 1898, Richard D'Oyly Carte, propriétaire du Savoy, rachète la maison. L'immeuble est démoli en 1903 pour l'élargissement du Strand, puis reconstruit l'année suivante à l'adresse actuelle par l'architecte T. E. Collcutt. Simpson's décroche une étoile Michelin dès la toute première édition britannique du guide, en 1974. Quant aux femmes, elles ne sont admises dans la salle principale qu'en 1984 : la tradition veut que l'horloge au-dessus de l'entrée se soit arrêtée à l'instant où la première d'entre elles y est entrée.
Puis vient mars 2020 et la fermeture pour cause de pandémie. Les chariots se taisent pendant six ans.
C'est Jeremy King qui relève la maison. Le restaurateur — à qui Londres doit notamment Le Caprice, The Wolseley et Brasserie Zédel, avant qu'il ne fonde son propre groupe avec Arlington et The Park — a rouvert Simpson's en mars 2026 après une restauration complète : le Grand Divan et ses 110 couverts au rez-de-chaussée, le restaurant Romano's, le Simpson's Bar, une salle de bal privée et un bar de nuit en sous-sol.
Le petit-déjeuner du Grand Divan
C'est la porte d'entrée la plus accessible de la maison, et sans doute la plus intéressante. Le petit-déjeuner avait été supprimé en 2017 ; il est revenu avec la réouverture, servi dans le Grand Divan lui-même — la grande salle édouardienne, pas une annexe.
Horaires : du lundi au vendredi de 7h à 11h, le samedi et le dimanche de 8h à 11h (dernières commandes).
Les deux pièces maîtresses
The English Gambit — 22,75 £. C'est le full English de la maison, et son nom est un clin d'œil au passé échiquéen des lieux : le gambit est cette ouverture où l'on sacrifie une pièce pour prendre l'avantage. Dans l'assiette : œufs préparés comme vous le souhaitez, saucisse de Cumberland, bacon fumé, tomate grillée et bubble & squeak — la galette de pommes de terre et de chou de la veille, poêlée jusqu'à ce qu'elle croustille.


The Ten Deadly Sins — 32,50 £. Le monument. Une assiette devenue légendaire à Londres dans les années 1990 et remise à la carte : œufs, saucisse de Cumberland, bacon, black pudding (le boudin noir britannique, aux céréales), côtelette d'agneau, rognons à la diable, bubble & squeak, tomate grillée, champignons et pain frit. Dix éléments, dix péchés. Prévoyez la journée.
Le reste de la carte
Plusieurs spécialités sont plus britanniques encore que le full English, et c'est précisément ce qui rend cette carte intéressante :
- Omelette Arnold Bennett — 21 £. Haddock fumé, crème et parmesan, gratinée. Elle a été créée au Savoy voisin pour l'écrivain du même nom, qui la réclamait ensuite partout où il allait.
- Smoked haddock kedgeree — 23 £. Riz au curry, haddock fumé et œuf poché : l'héritage direct de l'Inde britannique, arrivé jusqu'à la table du petit-déjeuner.
- Kipper grillé, beurre à la moutarde — 19,50 £. Le hareng fumé ouvert en deux, un classique devenu rare à Londres.
- Fishcake de truite et haddock fumés, œuf poché, hollandaise — 21,75 £.
- Mince on toast, œuf poché — 17,75 £ et ham 'n' eggs — 17,50 £, pour rester dans le registre historique.
- Bubble & squeak, champignons poêlés, œuf de cane frit — 15,75 £ (végétarien).
Pour les appétits plus mesurés : œufs brouillés, pochés ou au plat à 9,25 £, œufs à la coque avec mouillettes à 11,25 £, saumon fumé et œufs brouillés à 25,75 £.
Côté sucré, un rayon viennoiserie qui fera sourire les Français — pain au chocolat à 6,50 £, croissant au beurre de Normandie à 5,75 £, pain aux raisins à 6,50 £ — ainsi que des crumpets grillés au beurre de miel (6,25 £), du porridge, du muesli Bircher, du granola maison et une salade de fruits de saison au miel de Londres. À signaler aussi : neuf jus de fruits frais pressés (6,50 à 7,75 £), deux smoothies, une sélection de thés Canton et un chocolat chaud maison à 8,25 £.
Ce que ça coûte réellement
Un point à connaître avant de s'asseoir : un service de 15 % est ajouté automatiquement à l'addition. La maison précise qu'il est intégralement reversé au personnel via un « troncmaster » indépendant — c'est-à-dire un tiers chargé de répartir les pourboires, un système courant au Royaume-Uni.
Concrètement, deux repères :
- English Gambit + un café crème : 22,75 + 7,25 = 30 £, soit environ 34,50 £ service compris.
- Ten Deadly Sins + un jus d'orange de Séville : 32,50 + 6,50 = 39 £, soit environ 45 £ service compris.
Ce n'est pas le prix d'un café de quartier. C'est celui d'une salle du début du XXᵉ siècle qu'on a passé six ans à remettre debout, et d'un moment qui ne se vit pas ailleurs.
Ce qu'il y a d'autre derrière la façade
Le petit-déjeuner n'est qu'une entrée en matière. Le 100 Strand abrite en réalité quatre lieux distincts, chacun avec ses horaires et son caractère.
Le Grand Divan est le cœur historique : c'est là qu'on sert le rôti. Le chariot chaud vient jusqu'à votre table pour une côte de bœuf du Devon découpée devant vous (49,75 £, avec Yorkshire pudding, légumes racines rôtis, verdures de saison, sauce au raifort et jus de viande). La carte respecte une autre tradition anglaise, celle du plat du jour selon le jour de la semaine : tourte au bœuf et à la bière le lundi, poulet-poireaux le mardi, pudding de joue de bœuf le mercredi, steak and kidney pudding le jeudi, tourte au poisson le vendredi, tourte bœuf-escargots-ail le samedi, hachis Parmentier à la porter le dimanche. On y trouve aussi une sole de Douvres, des huîtres, et une « cold table » de jambon du Shropshire et de gala pie. Ouvert midi et soir, sept jours sur sept.
Romano's est la partie la plus légère — et la plus française — de la maison : un grand café à l'esprit anglo-français, ouvert en continu de 11h30 à 23h30, avec une carte des vins majoritairement française et des portraits de dramaturges aux murs. C'est l'adresse à retenir pour un déjeuner sans cérémonie ou un souper après le théâtre — le quartier en est plein.
Le Simpson's Bar, au premier étage, tient de l'Art déco des années 1930 : cocktails classiques et petites assiettes, de 11h30 à 23h30, sans réservation.
Nellie's Tavern, enfin, se cache au sous-sol au bout d'un escalier discret. Ce bar de fin de soirée, baptisé d'après la cantatrice australienne Nellie Melba, ouvre du lundi au samedi à partir de 17h, sans réservation non plus. Vogue l'a décrit comme « le bar semi-secret, somptueux et affriolant » de la maison.

À cela s'ajoute l'Assembly Room, une salle de bal privée disponible à la location. Une piste sérieuse si vous cherchez un lieu de réception à Londres pour un événement d'entreprise ou une célébration familiale.
Les échecs, l'autre histoire de la maison
On l'a dit : avant d'être un restaurant, Simpson's était un club d'échecs. C'est ici que se sont tenus certains des premiers tournois internationaux, et ici qu'Adolf Anderssen a livré en 1851 la partie surnommée « l'Immortelle », l'une des plus célèbres de l'histoire du jeu.
La maison a décidé de renouer avec cette tradition. Elle s'est dotée d'un directeur des échecs, le pianiste Jason Kouchak, et annonce une série de soirées : parties simultanées contre le grand maître Stuart Conquest, échecs à l'aveugle avec le grand maître Luke McShane, et un rendez-vous baptisé « Jazz Chess ». Les dates sont diffusées via la newsletter du restaurant.
Si vous jouez, ou si vos enfants jouent, c'est une raison supplémentaire de garder l'adresse en tête.
Les règles de la maison (à lire avant de réserver)
Simpson's assume un certain formalisme. Rien d'insurmontable, mais mieux vaut le savoir avant d'arriver.
- Tenue : pas de code vestimentaire officiel, mais la maison revendique un « sens de l'occasion » et recommande une tenue soignée. Vous vous y sentirez plus à l'aise.
- Ordinateurs et tablettes : interdits dans le Grand Divan, à toute heure. Un petit-déjeuner d'affaires, oui ; un petit-déjeuner de travail devant un écran, non.
- Photos : interdites dans les espaces communs sans autorisation écrite préalable. Les photos discrètes à table sont acceptées, à condition de respecter la vie privée des autres clients et du personnel.
- Enfants : bienvenus à partir de 5 ans dans le Grand Divan et chez Romano's, à condition qu'ils restent calmes. En dessous de 5 ans, les salles ne sont pas adaptées. Ni chaises hautes, ni poussettes acceptées ou gardées, et pas de menu enfant — mais de quoi les nourrir à la carte.
- Chiens : non admis, sauf chiens d'assistance.
- Réservations : jusqu'à 6 personnes en ligne ; la maison dispose de très peu de grandes tables. Réserver plusieurs tables pour un même groupe n'est pas accepté.
- Annulation : au moins 24 heures à l'avance. En cas d'absence, la carte enregistrée est débitée de 25 £ par personne pour le petit-déjeuner, 40 £ pour le déjeuner ou le dîner au Grand Divan, 25 £ chez Romano's.
- Accessibilité : le Grand Divan est accessible de plain-pied depuis la rue pour les personnes en fauteuil. L'Assembly Room, Romano's, le Simpson's Bar et Nellie's Tavern ne le sont pas.
- Régimes : options végétariennes et végétaliennes à la carte, sans gluten sur demande auprès du personnel. Les plats ne sont pas halal, et la cuisine unique ne permet aucune garantie d'absence totale d'allergènes.
Infos pratiques
- Adresse : 100 Strand, Londres WC2R 0EZ
- Métro : Charing Cross, Embankment ou Covent Garden
- Téléphone : 020 7836 9112
- Petit-déjeuner (Grand Divan) : lundi-vendredi 7h-11h, samedi-dimanche 8h-11h (dernières commandes)
- Déjeuner et dîner (Grand Divan) : 11h30-15h et 17h-23h30 du lundi au samedi ; jusqu'à 22h30 le dimanche
- Romano's : 11h30-23h30 du lundi au samedi, jusqu'à 22h30 le dimanche
- Nellie's Tavern : lundi-samedi à partir de 17h, sans réservation
- Réservation : en ligne sur simpsonsinthestrand.co.uk ou par téléphone
- Voiture : à éviter — zone de congestion, stationnement en voirie très limité. Le parking le plus proche est le Q-Park de Bedfordbury (WC2N 4DU), à 7 minutes à pied.
- Bons cadeaux : disponibles en ligne, valables 12 mois.
D'autres adresses londoniennes dans le même esprit sont à retrouver dans notre rubrique Hotels, Restaurants & Bars — à commencer par The Harrison, pub et hôtel à King's Cross. Et pour explorer la ville autrement, nos visites guidées de Londres en français vous emmènent dans les coulisses de la capitale.
Les tarifs et horaires mentionnés sont ceux affichés par l'établissement en août 2026 et peuvent évoluer. Cet article est une recommandation éditoriale : Simpson's in the Strand n'est pas partenaire de Français à Londres.