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Cannes 2026 : László Nemes signe le biopic sur Jean Moulin
Le réalisateur hongrois de 'Le Fils de Saul' présente 'Moulin' en compétition officielle à Cannes 2026, avec Gilles Lellouche en Jean Moulin face à Lars Eidinger.
En bref
- László Nemes présente Moulin en compétition officielle au Festival de Cannes en mai 2026, onze ans après la révélation mondiale du Fils de Saul.
- Gilles Lellouche incarne Jean Moulin face à Lars Eidinger dans le rôle de Klaus Barbie, surnommé le « Boucher de Lyon ».
- Le film adopte un dispositif narratif radical centré sur l'affrontement entre les deux hommes lors des interrogatoires de juin 1943.
- Dans les colonnes du Guardian, Nemes établit un lien explicite entre ce projet et la résurgence contemporaine de l'antisémitisme en Occident.
C'est l'un des films les plus attendus de la Croisette cette année. Onze ans après avoir sidéré le monde entier avec Le Fils de Saul, le réalisateur hongrois László Nemes revient en compétition officielle au Festival de Cannes avec Moulin, un biopic immersif et radical sur Jean Moulin, le grand résistant français, interprété par Gilles Lellouche. Un film qui résonne bien au-delà des frontières françaises, à l'heure où l'antisémitisme regagne du terrain des deux côtés de la Manche.
Qui est László Nemes, le réalisateur derrière Moulin ?
Né à Budapest le 18 février 1977, László Nemes est l'une des voix les plus singulières du cinéma européen contemporain. C'est en 2015 qu'il s'impose sur la scène internationale avec Le Fils de Saul (Son of Saul), un film d'une intensité rare qui suit, en temps quasi réel et en plan serré, un membre du Sonderkommando d'Auschwitz tentant d'offrir une sépulture digne à un enfant mort dans les chambres à gaz. Le film remporte l'Oscar du meilleur film en langue étrangère lors de la 88e cérémonie des Oscars, le 28 février 2016 — une récompense qui consacre définitivement ce cinéaste d'Europe centrale comme une référence incontournable du cinéma sur la Shoah et la Seconde Guerre mondiale.
Sa démarche artistique est fondée sur un principe d'immersion totale et de subjectivité radicale : la caméra colle à son personnage, refuse le recul panoramique, oblige le spectateur à vivre l'expérience plutôt qu'à l'observer. C'est précisément ce dispositif qu'il transpose aujourd'hui sur l'histoire française, avec le regard particulier d'un cinéaste d'Europe centrale nourri de la mémoire des victimes du nazisme. Comme nous l'expliquions dans notre article sur Oppenheimer et la méthode Nolan appliquée à la bombe atomique, les grandes fresques historiques du cinéma contemporain s'interrogent de plus en plus sur la manière de mettre en scène la violence de l'Histoire sans la trahir ni la spectaculariser. Nemes, lui, a tranché depuis longtemps : l'intimité du plan, toujours.
Jean Moulin à l'écran : le pari d'un face-à-face avec Barbie
Plutôt que de livrer un biopic classique et panoramique retraçant la vie entière de Jean Moulin — du préfet républicain au chef de la Résistance unifiée —, Nemes choisit de concentrer son film sur un huis clos vertigineux : l'affrontement entre Jean Moulin (Gilles Lellouche) et Klaus Barbie (Lars Eidinger), chef de la Gestapo à Lyon, surnommé le « Boucher de Lyon ». Nous sommes en juin 1943. Moulin vient d'être arrêté alors qu'il tentait d'unifier les forces de l'Armée secrète. Les interrogatoires commencent. Une confrontation implacable, entre manipulation et brutalité, dont l'issue tragique pèse sur chaque image.
Ce choix narratif radical — décrit par Le Monde comme une décision de « resserrer le film autour du face-à-face entre les deux hommes, avec un dispositif immersif qui pose question » — est à la fois la force et la limite reconnue du film. Le Hollywood Reporter parle d'un « prison drama grinding and only occasionally effective », soulignant que le parti pris de Nemes peut dérouter autant qu'il fascine. Télérama, de son côté, situe Moulin dans la lignée directe de Allemagne Année Zéro de Roberto Rossellini, convoquant ainsi une généalogie du cinéma historique européen hanté par les ruines morales de la guerre.
Le reste du casting complète ce tableau de la Résistance : Louise Bourgoin incarne la Comtesse de Forez, et le comédien polonais Marcin Czarnik joue le rôle d'Aubrac. La photographie est assurée par Mátyás Erdély, fidèle collaborateur de Nemes, qui avait déjà signé l'image du Fils de Saul. Le film dure 130 minutes et a été produit en France.
Mémoire, Résistance et antisémitisme : pourquoi ce film maintenant ?
C'est peut-être la question la plus brûlante que pose Moulin. Dans un entretien publié ce lundi 18 mai 2026 par The Guardian, László Nemes ne mâche pas ses mots. Le titre de l'article donne le ton : « An orgy of antisemitism is overtaking the west » — « Une orgie d'antisémitisme est en train de submerger l'Occident ». Le cinéaste y établit un lien direct entre la réalisation de ce film et la résurgence de la haine antijuive, dénonçant au passage ce qu'il appelle l'hypocrisie de l'industrie hollywoodienne face à ces enjeux.
Pour Nemes, raconter Jean Moulin aujourd'hui, c'est rappeler ce à quoi mène l'indifférence face à la montée des totalitarismes. À l'heure où les derniers témoins directs de la Seconde Guerre mondiale disparaissent, ce film s'inscrit dans une réflexion urgente sur le devoir de mémoire. Ce message résonne avec une acuité particulière pour le public franco-britannique. Dans un Royaume-Uni post-Brexit traversé par des débats vifs sur l'identité européenne et l'histoire commune, la figure de Jean Moulin — symbole de résistance face à l'occupant et de l'unité nationale dans l'épreuve — prend une dimension supplémentaire. Les questions d'antisémitisme ne sont pas absentes de ce côté de la Manche non plus, comme en témoignent régulièrement les rapports du Community Security Trust, l'organisation britannique qui surveille les actes antisémites au Royaume-Uni.
Gilles Lellouche dans la peau d'un héros national français
Incarner Jean Moulin, c'est endosser l'un des rôles les plus lourds symboliquement que le cinéma français puisse offrir. Figure mythique de la Résistance, mort sous la torture sans avoir trahi ses camarades, Moulin est entré au Panthéon en 1964 au son des mots d'André Malraux. Pour Gilles Lellouche, acteur populaire et polyvalent — reconnu au Royaume-Uni notamment à travers les productions françaises exportées sur les plateformes anglophones —, le défi est colossal.
Les premiers retours de la presse internationale depuis Cannes saluent globalement son investissement dans le rôle, même si certains critiques estiment que le dispositif formel de Nemes laisse peu de place à l'épanouissement dramatique traditionnel. On peut comparer ce défi à celui qu'avait représenté, dans un tout autre registre, l'incarnation d'une icône culturelle britannique : comme nous l'évoquions dans notre article sur le biopic controversé Back to Black consacré à Amy Winehouse, jouer une figure mythifiée par la mémoire collective expose toujours l'acteur à l'impossible équation entre fidélité historique et liberté d'interprétation.
Cannes 2026 : accueil critique et enjeux pour le film
Moulin figure en compétition officielle au Festival de Cannes 2026, ce qui lui confère d'emblée un statut de prétendant sérieux aux récompenses de la Palme d'or. La sélection en compétition est en soi une reconnaissance de l'ambition du projet. Les premières réactions de la presse internationale sont nuancées mais respectueuses. Le Hollywood Reporter salue le sérieux de l'entreprise tout en pointant une austérité formelle qui peut laisser certains spectateurs à distance. Télérama convoque, comme évoqué plus haut, la référence à Allemagne Année Zéro de Rossellini (1948), film tourné dans les décombres de Berlin, pour situer Moulin dans une généalogie du cinéma historique européen qui refuse la grandiloquence au profit de l'immédiateté. The Guardian, lui, place le film dans le contexte plus large de l'engagement de Nemes contre l'antisémitisme contemporain, en faisant de cette sortie cannoise un acte autant politique qu'artistique.
À voir au Royaume-Uni : date de sortie et distribution
À ce stade, aucune date de sortie officielle au Royaume-Uni n'a encore été annoncée pour Moulin. Cependant, l'histoire récente du cinéma d'auteur européen primé à Cannes — et notamment la carrière internationale remarquable qu'avait connue Le Fils de Saul, sorti en salles britanniques en janvier 2016 après son triomphe à Cannes puis aux Oscars — laisse supposer que le film bénéficiera d'une distribution au Royaume-Uni dans les mois suivant sa sortie française.
Pour les Français et francophones de Londres et du Royaume-Uni qui souhaitent suivre l'actualité de la sortie, plusieurs pistes sont à explorer. Les cinémas art et essai londoniens, notamment le BFI Southbank, le Curzon ou l'Institut français du Royaume-Uni, sont habituellement les premiers à programmer ce type de films français à forte dimension historique et culturelle. Les plateformes de VOD francophones comme UniversCiné ou MUBI proposent également régulièrement les films primés à Cannes peu après leur sortie en salles. Restez connectés à francaisalondres.com pour toute information sur la date de sortie britannique dès qu'elle sera confirmée.
Sources
- The Guardian — 'An orgy of antisemitism is overtaking the west': Son of Saul's László Nemes on Hollywood hypocrisy (18 mai 2026)
- Hollywood Reporter — 'Moulin' Review: Gilles Lellouche in Laszlo Nemes' Jean Moulin Biopic
- Festival de Cannes — Fiche officielle du film Moulin
- Le Monde (Facebook) — László Nemes a choisi de resserrer son film autour du face-à-face entre Jean Moulin et Klaus Barbie
- Télérama (Facebook) — De Moulin de László Nemes à La Troisième Nuit de Daniel Auteuil
- Wikipédia — László Nemes
- Wikipédia — Klaus Barbie
- Euronews — Le Fils de Saul primé aux Oscars (2016)
- Wikipedia (EN) — Moulin (2026 film)
Participez !
Avez-vous déjà vu Le Fils de Saul de László Nemes ? Pensez-vous qu'un réalisateur étranger peut rendre justice à une icône de la Résistance française comme Jean Moulin ? Et comptez-vous aller voir Moulin à sa sortie au Royaume-Uni ? N'hésitez pas à partager votre avis et vos réactions dans les commentaires ci-dessous !