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Cette étrange solitude que l’on ressent parfois au milieu des autres
On pense souvent que la solitude, c'est l'absence des autres. Une soirée sans personne à appeler, un appartement vide, un silence qu'on n'a pas choisi…
Mais il existe une autre forme de solitude, beaucoup plus discrète, parfois plus difficile à reconnaître justement parce qu’elle ne ressemble pas à l’idée que l’on s’en fait habituellement.
Une journée entière à parler à des collègues, quelques messages échangés avec des amis, un dîner prévu en fin de semaine, ou encore ce moment étrange en quittant un événement où l’on a pourtant parlé à une dizaine de personnes.
Objectivement, rien ne manque. Et pourtant, quelque chose semble absent malgré tout.
Car certaines formes de solitude apparaissent précisément lorsque, en apparence, rien ne devrait les expliquer.
Quand la solitude ne ressemble pas à la solitude
Ce qui rend cette solitude-là particulièrement déroutante, c’est qu’elle ne ressemble pas vraiment à ce que l’on imagine habituellement.
La solitude que l’on connaît bien, celle qui accompagne par exemple un été un peu vide, des amis partis en vacances ou un calendrier social qui s’allège, a au moins le mérite d’être prévisible. On peut la nommer, l'anticiper, parfois même l'organiser. La logique semble assez simple, presque rassurante dans sa cohérence.
La solitude dont il est question ici fonctionne tout autrement. Elle apparaît parfois précisément lorsque rien ne semble manquer. Concrètement, on n’est ni abandonné, ni isolé. Bien au contraire : on a vu du monde, parlé toute la journée, été sollicité, occupé, parfois même trop occupé pour vraiment s’arrêter. Et pourtant, en rentrant chez soi, quelque chose sonne creux.
Alors on doute, avant même de se demander ce qui se passe vraiment. On se dit que ça va passer, que c'est une mauvaise journée, un coup de mou ou de la fatigue... On se juge peut-être aussi. Quelle ingratitude de se sentir ainsi alors qu’on a, objectivement, une vie sociale bien remplie. D’autres aimeraient probablement être à notre place, alors de quel droit se sent-on seul ? Et nous voilà dans une situation un peu absurde : non seulement on se sent seul… mais on finit parfois par culpabiliser de ressentir quelque chose que l’on n’arrive même pas à expliquer clairement. Ce qui, on en conviendra, n’améliore rien. Bien au contraire.
Londres, ville du réseau plus que du lien
Londres est une ville fascinante. Elle donne constamment l’impression qu’il se passe quelque chose, quelque part : une expo, un rooftop, un brunch, un meet-up, ou encore cet événement networking auquel on n’a absolument aucune envie d’aller mais que l’on envisage malgré tout, “histoire de sortir un peu”. On enchaîne les échanges rapides, les conversations polies, les agendas trop pleins, et parfois aussi des relations qui restent longtemps agréables… sans jamais réellement dépasser la surface.
Non pas parce que les gens y seraient particulièrement froids. Mais parce que certains modes de vie créent énormément d’interactions, sans forcément laisser beaucoup d’espace à l’attachement. Le rythme lui-même installe progressivement une forme de distance presque invisible entre les gens.
Et puis il y a ce mouvement permanent : un ami finit par rentrer dans son pays après deux ans, une collègue proche quitte l’entreprise, des voisins avec qui l’on partageait volontiers quelques soirées d’été déménagent ailleurs. Quelqu’un avec qui l’on partageait régulièrement un bout de quotidien en sort progressivement, non pas parce qu’il y a eu un conflit, mais simplement parce que les trajectoires changent.
Vivre à Londres, c’est souvent vivre entouré de personnes constamment en mouvement, et apprendre peu à peu, parfois sans même s’en rendre compte, à ne pas trop s’attacher à ce qui semble rarement permanent. Et on finit par accumuler plus de connaissances que de véritables histoires communes.
Peut-être que ce qui fait mal n'est pas d'être seul
Peut-être que cette solitude-là n'est pas seulement un manque. Peut-être qu'elle vient aussi nous montrer quelque chose.
Quand on est constamment en mouvement, un café par-ci, un message à répondre par-là, une invitation qu'on accepte presque par réflexe, il devient facile de ne jamais vraiment s'arrêter pour se demander si ce qu'on vit nous convient vraiment. On parle beaucoup, mais au fond, on dit parfois peu de choses qui comptent réellement.
Or le lien social n’est pas simplement quelque chose d’agréable : c’est un besoin fondamental. Et lorsqu’il n’est pas suffisamment nourri, nous avons souvent tendance à interpréter ce manque de manière très personnelle. On se dit que l’on n’est pas assez entouré, que l’on n’a pas réussi à trouver sa place, qu’il doit y avoir quelque chose chez nous qui garde les autres à distance.
C’est sans doute aussi pour cela qu’il reste si difficile d’admettre que l’on se sent seul. Parce qu’au-delà de l’émotion elle-même, la solitude s’accompagne souvent d’une forme de honte discrète, comme si elle révélait un échec : celui de ne pas avoir su créer suffisamment de lien, de ne pas être assez aimé, assez entouré, assez quelque chose.
Et nous voilà à compenser, remplir davantage l’agenda, accepter les invitations, multiplier encore plus les rencontres. Pourtant, certaines formes de solitude ne disparaissent pas simplement parce qu’on ajoute plus de monde autour de soi.
Peut-être qu’au moment où l’on réalise que, malgré toutes ces interactions, nos relations ne nous apportent pas autant qu’on aimerait, la question à se poser n’est pas nécessairement « comment voir plus de monde ? » mais plutôt : quelle place est-ce que je m’autorise réellement à prendre dans mes relations ? Et qu’est-ce qui fait que je me montre parfois si peu tel que je suis réellement face aux autres ?
Ce n'est pas non plus une solitude qui accuse qui que ce soit. Les gens autour de nous ne sont pas nécessairement superficiels, pas plus que nous ne sommes incapables de créer du lien profond. C’est plutôt que la vitesse à laquelle nous vivons, combinée à la multiplication constante des interactions, finit presque mécaniquement par laisser peu d’espace à autre chose.
Alors, que faire de tout cela ?
Probablement pas grand-chose dans l'immédiat, et c'est sans doute une bonne nouvelle. Cette solitude-là ne se résout pas par plus de sorties ou distractions.
Peut-être qu'elle vient surtout de ce qu'on confond, sans trop y penser : la proximité et la connexion. La présence et l'intimité. L'interaction et le lien. Et plus une vie devient remplie, plus il devient difficile de remarquer ce qui, justement, lui manque. Ce manque n'est pas celui d'être entouré davantage mais d’être entouré sans être profondément vu.
Londres a aussi cette particularité étrange : nous rappeler qu’il est parfaitement possible d’être entouré de millions de personnes… et malgré tout, de s’y sentir profondément seul.
Et si, justement, cette solitude était une invitation à ralentir, à choisir la qualité plutôt que la quantité, et à oser dire aux autres, et à soi-même, ce qui compte vraiment ?

Je suis counsellor pour adultes et thérapeute (hypnothérapie, EFT & EMDR). J’accompagne les adolescents (16+) et adultes dans la gestion de leurs émotions, de leur stress et de leur anxiété depuis 2018, dans mes cabinets londoniens, mais également en distanciel.
Vous pouvez me contacter pour toute question via mon site internet
www.morganecounselling.co.uk