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Comment la programmation artistique de Londres entretient la fabrique des figures sacrées
Le fils curatorial d'une capitale n'est jamais un choix purement esthétique.
La vie culturelle et les expositions qu'une capitale choisit de mettre en avant, fonctionne comme un miroir de ce que le pays pense de lui- même, de ce qu'il veut montrer ou dissimuler. Elle est un récit de l’identité nationale à un moment précis. Elle est un baromètre des valeurs que les institutions culturelles jugent bon d'incarner publiquement.

Le choix éditorial des événements culturels de Londres pour la saison 2025-2026 s’est centré sur “la fabrique des figures sacrées” et sur la manière dont l’art (contemporain ou classique) les met en lumière. Stars hollywoodiennes, guerriers Samouraï, idoles pop, Saints catholiques… ont ces derniers mois, cohabité dans la capitale britannique. lls ont peuplé de leur présence mythique les plus grandes galeries de la ville.
Les douze derniers mois, six grands projets ont ainsi montré notre besoin ancestral d’icônes - quitte à en façonner de nouvelles- et les idéaux méritocratiques de la nation :
Marilyn Monroe à la National Portrait Gallery explore comment la star hollywoodienne est devenue icône culturelle.
Holy Pop! à Somerset House traite frontalement de l'idolâtrie moderne et de la transformation des célébrités en objets de dévotion quasi religieuse.
Samuraï au British Museum étudie le mythe du guerrier japonais pour le déconstruire.
Joseph Wright of Derby et Zurbarán à la National Gallery jouent tous deux sur la dramatisation de la lumière pour placer des personnages ordinaires au centre de révélations quasi sacrées.
Enfin, The Sun and The Moon à la Saatchi Gallery explore ce même rapport entre lumière, cycle cosmique et le sacré à travers l'art.
Sans concertation parce qu'elles sont indépendantes les unes des autres, chacune de ces expositions interroge à sa manière comment les sociétés ont de tout temps, généré des figures mythiques. Chacune montre le rôle de la lumière (naturelle, artificielle, picturale) dans cette sacralisation.

Toutes célèbrent, mais toutes questionnent aussi. Elles glorifient autant qu’elles critiquent. Aujourd’hui, nos idoles sont “fabriquées”. Aujourd’hui, l'image prime sur la substance. Aujourd’hui étonnamment, la grammaire artistique est la même que celle du passé, celle utilisée -entre autres- par les byzantins et par les maîtres du Baroque.
Ainsi, la programmation artistique londonienne de cette année 2025 – 2026 montre comment le “culte des stars modernes” est devenu une “mythologie de substitution” qui entretient un rêve méritocratique britannique.
National Portrait Gallery : la construction du mythe
Le 1er juin 2026 marquait le centenaire de la naissance d’une icône moderne qui semble éternelle : Marilyn Monroe ! Nous pensions tous bien la connaitre après tant de témoignages plus ou moins sincères, de photos plus ou moins posées, d'articles plus ou moins scandaleux... La National Portrait Gallery parvient à dévoiler le rôle encore méconnu mais actif de Marilyn dans la promotion de sa propre image.

Elle présente l’empreinte photographique démesurée de cette Cosette des temps modernes devenue star mythique internationale - en grande partie de son propre fait. En 10 ans à peine de carrière cinématographique, ses portraits dans les média sont plus nombreux que ceux de la reine Élisabeth II en soixante-dix ans de règne ! Ce n'est pas une métaphore : c'est une réalité statistique. Mais Marilyn n'est plus présentée comme la scandaleuse bombe sexuelle écervelée aux décolletés profonds qui a séduit Joe di Maggio, Arthur Miller, le Président des États Unis -John Fitzgerald Kennedy… et probablement tous les hommes de la planète ! Elle apparait aujourd’hui sous une nouvelle lumière, comme un symbole de résilience, de liberté et d'affirmation de soi. Aujourd’hui elle est avant tout celle qui a osé dénoncer les prédateurs sexuels à Hollywood bien avant l'ère #MeToo. Celle qui a soutenu activement la diva noire Ella Fitzgerald, à une époque où la ségrégation prédominait dans le milieu artistique. Si l’image de sa silhouette blonde, son rouge à lèvres rubis et sa robe blanche soulevée par le vent subsistent forever dans la mémoire collective (même après sa mort tragique en 1962), ses pensées et ses tiraillements intérieurs restent eux, presque "invisibles pour les yeux*". Presque. Et c’est ce mystère qui fascine, qui la rend inaccessible et qui l’enveloppe d'une aura impénétrable. C’est ce mystère que la commissaire Rosie Broadley a choisi d’exposer. Selon elle, "cette image iconique inspire aujourd’hui un respect admiratif nouveau et sincère".
L'exposition, rassemble une constellation d'œuvres signées par des photographes de légende (Cecil Beaton, Philippe Halsman, André de Dienes, Eve Arnold, Inge Morath, Alfred Eisenstaedt, Milton Greene, Sam Shaw, Richard Avedon, George Barris, entre autres). S'ajoutent des peintures et des pièces de collection. Le tout forme un portrait vertigineux.
Parmi les œuvres plastiques exposées -signées Warhol, Pauline Boty, Marlene Dumas, Rosalyn Drexler ou Audrey Flack- une place d'honneur est donnée au centre de l'exposition, au Marilyn Triptych de James Francis Gill prêté exceptionnellement par le MoMA de New York.
A 91 ans, James Gill est venu à l’ouverture de l’exposition depuis sa retraite mystérieuse et volontaire à la frontière de l’Orégon et de la Californie, loin explique-t-il “des vanités du monde de l’art”.

Pour lui, le Texan fondateur du mouvement Pop Art -aux côtés de Andy Warhol - : “ L'exposition invite à comprendre le rôle actif de Marilyn dans la construction de sa propre image. Elle met en lumière l'inspiration que Marilyn a exercée sur tant d'artistes, bien après sa mort… et moi le premier ! J’ai été captivé par les photos d’Allen Grant pour Life Magazine. Les revoir aujourd’hui à la National Portrait Gallery est très émouvant pour moi. Peut-être parce que je ne l’ai jamais rencontrée. C’est en pensant à tout ce qu’elle a vécu, que je me suis dit qu’il était impossible de la raconter au travers d’une photo ou d’une peinture. C’est comme ça qu’est née l’idée de ce triptyque. Cela m'a permis de mettre côte à côte plusieurs aspects de sa personnalité.



James Gill à la National Portrait Gallery de Londres le 3/06/2026 - photos F. Joyce
Je voulais montrer sa vulnérabilité, celle que peu voyaient à l’époque, celle que j’ai pu ressentir au travers des conversations que j’ai eues avec ceux qui l’ont connue de près. C’est elle qui m’a rendu célèbre ! Au départ moi je souhaitais devenir un cowboy ! Et elle, elle m’a fait rentrer au MoMA ! Depuis, je l’ai peinte des milliers de fois ! Oui ça a probablement contribué, toutes ces représentations multiples de Marilyn à promouvoir sa légende- la légende de Marilyn pour toujours. C'est le cas pour bien d'autres célébrités.”
Somerset House : les nouveaux “élus consacrés”
C’est cette même idée d’idôlatrie moderne qui a motivé Tory Turk commissaire de Holy Pop ! à Somerset House. Cette exposition aurait pu s’appeler “Quand les fans perdent la raison”. Elle montre comment dans notre société de plus en plus sécularisée, au lieu de prier devant des saints, on allume des bougies parfumées devant des photos de Taylor Swift en cadres dorés. D’où nous vient le besoin de garder un billet de concert ou d’acheter des gadgets à l’effigie d’une célébrité ? Comme si les toucher pouvait nous transmettre une parcelle de son aura.



Holy Pop ! à Somerset House - photos F. Joyce 11/06/2026
L'exposition présente des images de Dollywood, le parc d'attractions de Dolly Parton dans le Tennessee, de Graceland, la demeure d'Elvis Presley - où les fans viennent pleurer devant sa tombe, le mur de Brixton à Londres, où David Bowie a grandi, et qui s'est spontanément transformé en sanctuaire après sa mort en 2016. Les fans y laissent toujours des messages, des dessins, des bougies, des peluches, des lettres d’amour… dix ans plus tard.
Nicolas Sokolow, Directeur et expert général de Sotheby’s se souvient en détails de la vente aux enchères Freddie Mercury en 2023 à Londres. “Le total des ventes a dépassé les £40 millions de livres sterling.



Vente aux enchères Freddie Mercury - Sotheby's à Londres 2023 - cape, porte d'entrée, disques d'or -photos F. Joyce
C’est un chiffre vertigineux qui révèle un grand paradoxe de notre société contemporaine. Pourquoi à l’ère du streaming, du numérique et du dé-matérialisé, des milliers de fans en tous genres, collectionnent-ils des objets et des souvenirs physiques, tangibles liés à des célébrités : billets de concert, affiches, vinyles dédicacés, maillots ou photos signées, figurines, les différentes versions d’un même album, les chaussettes, la porte d’entrée ou même le peigne moustache de leur star ?
Souvent, la valeur marchande de ces memorabilia ne dépasse pas quelques pounds. Elle peut aussi atteindre des sommets et représenter de véritables investissements comme la raquette que Serena Williams a fracassée avec rage après une dispute avec l'arbitre. Elle a été vendue aux enchères en 2019 pour près de 20 400 dollars ! Les instruments signés par des groupes rocks comme Metallica, Aerosmith ou The Police se vendent aujourd’hui entre 50.000 et 150.000 Euros… Quelque soit leur prix, ces objets sont des supports qui transforment nos héros (Elvis Presley, Princesse Diana, Prince, Britney Spears, les Spice Girls…) en divinités pop.”
Au coeur de Holy Pop ! une “sainte relique” du XXIè siècle : un chewing-gum mâché de Nina Simone. Exposé au centre d’une salle sombre, dans une vitrine en verre, il est présenté avec un sérieux déconcertant.

Et étrangement, c’est presque émouvant. Parce que pour le fan qui l'a conservé avec ferveur, ce bout de gomme est un lien tangible, presque mystique, avec une artiste qu'il adore. L'objet crée une forme d'intimité illusoire, presque religieuse avec une personnalité publique. Il matérialise ce lien symbolique.
British Museum : déconstruction du mythe et “tradition réinventée” loin de la réalité historique
A l’opposé de la démarche de Somerset House, le British Museum a choisi de démonter un mythe millénaire – celui du Samouraï. Dans notre imaginaire, il incarne l’archétype du guerrier-héros, respecté pour sa puissance au combat et pour sa force morale ; il est porteur d'idéaux de courage, d'honneur et de sacrifice de soi.
Le British Museum invite les visiteurs à réaliser que cette image mythique du Samouraï est une construction culturelle à posteriori. Tout au moins en partie. Les armures de 30 kilos composées de plaques de métal et de cuir laqué, attestent de manière théâtrale de son activité guerrière hors du commun. Les casques décorés de démons, de dragons, d’aigles, ainsi que des paravents peints témoignent de scènes de batailles d’une intensité dramatique saisissante : cavaliers décapités, chevaux empalés, flèches et marres de sang… Des livres illustrés décrivent le seppuku – suicide rituel en cas de faute grave – seule manière de préserver la dignité du nom.



Samuraï au British Museum ; armures et casque - photos F. Joyce , le 23/02/2026
Mais l’exposition souligne que l’univers samouraï ne se limite pas à la guerre. Elle expose des peintures qui le montrent sensible à la nature, contemplant des fleurs ou de jolies femmes. Il était aussi un mécène éclairé, un bureaucrate et un poète sensible à la beauté du monde. Il recevait une éducation traditionnelle complète incluant littérature, calligraphie, l'art et la cérémonie du thé, pour maintenir l'équilibre entre l'esprit, le corps et l'épée. Selon la conservatrice Rosina Buckland, l'une des révélations les plus frappantes de l’exposition concerne le genre et l’image virile de cette caste élitiste. Contrairement aux représentations sacrées, après 1615 la moitié des samouraïs étaient des femmes. Elles, ne combattaient pas. Cette image de guerriers héroïques sanguinaires exclusivement masculins a été façonnée et perpétuée bien après l'ère féodale. C’est ce que montre la salle consacrée aux tenues Louis Vuitton clairement inspirées des cuirasses japonaises, les jeux vidéo comme Assassin's Creed ou encore la silhouette de Dark Vador dans Star Wars dont le casque et le protège-cou rappellent les kabutos.
En somme, l'exposition « déconstruit » le mythe du Samouraï en le montrant bien différent de cette figure guerrière sacrée très incomplète.
National Gallery
Ce ne sont pas toujours des figures iconiques qui inspirent les peintres. Ainsi les maîtres du clair-obscur (grands interprètes de la spiritualité de leur époque) se tournent vers des personnages ordinaires pour les envelopper d’une lumière divine et leur donner la place d’une figure sacrée au centre de la toile. Deux exemples frappants dans le fils curatorial de Londres 25/26 : Francisco de Zurbarán et Joseph Wright of Derby.
a) Zurbarán : voir le sacré dans l’ordinaire
Peintre de l'Espagne profondément catholique, Francisco de Zurbarán est un maître baroque du clair-obscur dont les toiles éclairent l’ordinaire d’une lumière sacrée. Pour la première fois au Royaume-Uni, la National Gallery de Londres lui consacre une exposition magistrale. Elle réunit près de cinquante œuvres majeures venues du monde entier,



Zurbarán National Gallery - photos F. Joyce 02/05/2026
Fidèle du roi d’Espagne, Zurbarán (1598–1664) est presque aussi célèbre que son contemporain et ami Diego Vélasquez. Dans le contexte de ferveur religieuse intense de l’époque, Zurbarán devient très jeune, l'interprète privilégié de la spiritualité de son temps. Il peint de grandes compositions d'autels, des séries de saints pour des églises, des portraits de la vie monastique... Mais il ne se contente pas de représenter des scènes bibliques. Il capture le regard levé vers le ciel d'un ascète en extase, il peint la sereine beauté d'une vierge, il saisit la dignité d'un religieux en prière. Ses compositions sont dépouillées. Il replace dans un contexte narratif sobre, la vie des saints, des martyrs, des moines … Ce réalisme le démarque des autres artistes de l'époque. Lui peint le caractère humain, quotidien voire banal de la vie religieuse sous une lumière quasi sculpturale.
Dans tous ses tableaux, la lumière isole le personnage central. Les zones d'ombre profonde accentuent le recueillement. Les zones éclairées — un visage tourné vers le ciel, des mains jointes, une étoffe . — semblent irradier une présence divine. Tout invoque le mysticisme : e visage d'un prêtre sous son capuchon avec un crâne humain entre les mains, les couleurs austères d’une robe de bure, des pieds nus et les mains rugueuses d'un pénitent… Tout invite à la dévotion, et à voir le divin dans l’ordinaire.



Zurbarán National Gallery - photos F. Joyce 02/05/2026
Comme chez Caravage dont il s'inspire, la lumière jaillit de l'obscurité pour sculpter les formes en 3 D et intensifier une émotion sacrée.
b) “From the Shadows” : la lumière sacrée qui montre l’homme face à son pouvoir sur la vie
La National Gallery célèbre aussi un peintre des lumières, une figure majeure et ‘brûlante”de la peinture britannique du 18è - pourtant longtemps resté dans l’ombre : Joseph Wright of Derby. Elle expose ses toiles “à la chandelle” qui résonnent de manière bouleversante avec notre monde contemporain avec nos doutes actuels, avec notre besoin de préparer l’avenir et avec nos inquiétudes face au “progrès” (à l’époque, l’électricité et l’industrialisation ; aujourd’hui l’IA, les dérives bio-éthiques, les algorithmes, les armes chimiques …).
Les fonds sombres contrastent avec l'éclat lumineux des flammes, d'une forge ou d'une bougie. C’est visuellement impressionnant. La lumière dorée ajoute à des sujets pourtant scientifiques et modernes, une valeur dramatique, presque sacrée voire baroque. Lui aussi s’inspire de Caravage.
Joseph Wright of Derby est le premier peintre à avoir représenté la science expérimentale et la technologie comme sujets nobles. Il peint des expériences, des laboratoires, des alchimistes, des forges, des machines… Il peint aussi des portraits d'industriels de cette époque de transition qui le fascine (Wedgewood par exemple). Nombreuses de ses toiles montrent l’expérimentation comme un spectacle inspirant - à la fois intellectuel et émotionnel. Il les éclaire d'une lumière théâtrale, mélodramatique, mystérieuse aussi. Les visiteurs deviennent les témoins complices de ce qui se passe dans l’intimité de maisons bourgeoises où l’homme expose fièrement son pouvoir sur la vie. Dans “L’Expérience sur un oiseau dans une pompe à air” (1768) la scène montre une expérience
sur un oiseau qui s'asphyxie dans une pompe à air devant une dizaine de
spectateurs.

Ils sont partagés entre des sentiments de curiosité, d’horreur, d’admiration et d’inquiétude. Dieu n’est pas présent dans ces tableaux … mais l’homme n’essaye-t-il pas ici de prendre un peu sa place ? Au centre de la pièce, un père de famille tente de rassurer et d’intéresser son entourage. Il leur enseigne cette terrible réalité : la science s’enrichit grâce à des expériences pouvant entraîner la mort. Wright utilise la lumière comme symbole de modernité et d’optimisme, et par opposition, l’obscurité comme symbole de l’ignorance et de la morale.
Ces peintures questionnent notre rôle de spectateur, notre prétention à nous prendre pour des dieux sur terre… quelles que soient les conséquences et le malaise éthique qui peuvent découler de nos actions.
“A Philosopher Giving a Lecture on the Orrery” est un exposé à l’aide d’un planétaire (orrery), pour expliquer le fonctionnement d’une éclipse.

Le soleil – au cœur du dispositif – a été remplacé par la lumière artificielle d’une lampe. Les visages expriment curiosité, voire émerveillement pour ce philosophe qui explique le système solaire. Les sciences seraient-elles pour lui un nouveau culte ? Le scientifique du siècle des lumières n'apparait-il pas comme un guide vers une nouvelle spiritualité ?
Saatchi Gallery : le sacre du soleil, le ciel comme espace de pouvoir absolu
“Le Soleil et la Lune” à la Saatchi Gallery explore justement un rêve universel, un dialogue millénaire entre l'humanité et le ciel. L'exposition démontre comment le Soleil et la Lune ont été et sont toujours, des astres vénérés.
Des chefs-d'œuvre jalonnent le parcours. Parmi les artistes présentés, des noms illustres : Joan Miró, Peter Doig, Paula Rego, Dora Maar, Joseph Wright of Derby, Turner, Paul Nash, Patrick Caulfield ...
L'exposition se déploie comme une Odyssée à travers un cycle complet de vingt-quatre heures, de l'aube jusqu'au crépuscule.
Chaque salle explore des récits associés au Soleil et à la Lune dans la mythologie, dans les rituels de civilisations plus ou moins lointaines, dans la mesure du temps, ou encore dans l'exploration de l’univers.

Le parcours débute avec un buste celtique de Sol Invictus datant du Ier siècle avant J.-C. Bien avant nos télescopes et nos fusées, l'homme levait les yeux pour tenter de donner un sens à ce qu'il voyait.
Ainsi pour les Aztèques, et de nombreuses civilisations amérindiennes, le Soleil était bien plus qu'une source de lumière et de chaleur. Il était une divinité. Il exigeait des offrandes. Il était un moteur cosmique sans lequel le monde s'écroulerait. Aux côtés de cette vision du ciel comme espace de pouvoir absolu, la Saatchi oppose d'autres traditions comme les croyances cosmiques des peuples nordiques ou la symbolique yin-yang de la pensée asiatique ou encore la perception de la Lune dans la Grèce antique.
L'installation monumentale Helios de l'artiste britannique Luke Jerram est certainement la pièce la plus saisissante de l'exposition. Jerram est connu pour ses gigantesques représentations lumineuses du Cosmos et des astres - la Terre ou la Lune . Ici il fait briller au coeur de la Saatchi un soleil colossal et magnifique qui plonge le visiteur dans une méditation sur la lumière et l'obscurité.

L'originalité de cette exposition est d'embrasser la culture dans toute sa diversité. - sans se cantonner aux "beaux arts" classiques. Ainsi, l'ésotérisme et ses représentations symboliques y trouvent une place légitime un peu effrayante qui elle aussi, redéfinit la notion de sacré et de divin.
Chaque salle met en avant la sacralisation de la lumière céleste, qu’elle soit éblouissante et solaire ou mystérieuse et lunaire.
CONCLUSION
Ce qui est intéressant, chez les artistes qui fabriquent des icônes c’est qu’ils le font rarement de façon inconsciente et naïve. Il y a toujours une distance critique. En répétant le visage de Marilyn, Warhol et Francis Gill interrogent autant qu'ils célèbrent. Ils montrent comment nos valeurs contemporaines peuvent transformer un être humain en idole ... mais une idole qui au fond, n'est qu'un produit "reproductible" comme si elle était interchangeable, voire jetable.
Ainsi, contrairement à l'icône religieuse qui renvoie à une vérité éternelle, l'icône moderne est un produit éphémère. Elle est fabriquée par l'industrie du divertissement, par le marketing et par des algorithmes. Elle met en avant des individus partis de rien et dont la réussite est “self-made” (télé-réalité, réseaux sociaux…). Ainsi dans ses choix curatoriaux Londres invite effectivement à croire à la méritocratie - à la promotion par le mérite ou le talent. La sélection londonienne 2025-2026 nourrit fièrement cet espoir démocratique que n’importe qui peut devenir une star. Les fans scrutent la vie de leurs idoles comme autrefois on lisait des vies de saints — leur vie tumultueuse, leur succès, leurs échecs, leurs souffrances (Michael Jackson, Amy Winehouse, Diana). Les expositions comme Marilyn à la NPG, mettent en avant comment nos artistes modernes (photographes, peintres, sculpteurs, cinéastes, stylistes...) participent à la fabrication de ces nouvelles idoles.
Cela correspond bien à l'individualisme contemporain. Cela révèle une société où la notoriété peut devenir une fin en soi, indépendamment du mérite réel. Tout le monde ne partage pas la même foi, mais comme en témoigne Holy Pop ! à Somerset House, partager une référence à une chanteuse, à un acteur ou à une princesse morte dans un accident, est devenu une forme de lien social, presque un rite profane partagé.
Ces expositions en particulier celles consacrées aux maîtres du clair-obscur (Zurbarán, From the Shadows) soulignent notre besoin de transcendence. Notre profonde solitude humaine cherche des figures à aimer collectivement. Il n’existe pas de culture ou de civilisation sans mythologie. L’homme essayera toujours de se relier à un invisible transcendant. Il prendra la forme d'une idole -fabriquée ou pas - qu'il s'agisse d'une princesse, d'une rock star, d'un Saint, d'un Samouraï ou d'une étoile.
Francine Joyce
*citation Antoine de Saint Exupéry dans "Le Petit Prince"